Si tu cherches l’éternité, ne sois pas un voleur, n’entre pas par effraction car ton inattention ne peut nourrir ce qui, en moi, aspire à la vérité. Le plaisir est aussi éphémère qu’un papillon de nuit. Il se promène en silence, imitant la dangereuse promesse de l’amour. Il fait croire à l’absence, à la fausse consistance du manque quand nous ne cherchons que nous-mêmes.

Toutes ces petites fenêtres, ces ouvertures fabriquées de mains d’hommes, ne valent pas la déchirure d’un coeur tout entier. Que crois-u savoir de moi quand tu ne te connais pas toi-même ? De ta vie les dieux restent absents et tu les poursuis sans conscience autant que sans bruit.  M’apprendras-tu par la souffrance le prix de mon relèvement ? Ton plaisir est-il suffisant pour construire la joie sans que je doive changer pour te plaire ?  De quel chant devras-tu me satisfaire et m’honorer pour que je te supporte quand la couleur de mon ciel aura disparu ?  Seras-tu mon ami toi qui ne l’a jamais été ?

Quand nous aurons consommé imprudemment le plaisir avant que d’avoir appris à nous connaître, est-ce vraiment le bonheur qui s’acharnera sur nous ? De quels innocents enfantillages seront faits nos prochains matins ? Mon amour, le temps est changeant et je crains la légèreté de notre embarcation par mauvais temps. Et s’il est vrai qu’il n’y a plus de saisons comment nourrir l’amour dans les tempêtes ? Ah compte avec moi nos petits grains de sable,  tous les morceaux de verre sur lesquels nous devrons bientôt apprendre à marcher. Ils sont faits de l’inconscience du jour qui se croit neuf quand nous n’avons simplement pas vu la douce petite pente qui reste à venir. Tous ces élans qu’on envoie, ces feux follement éphémères, ils éclairent nos chemins quand nous nous retournons. Est-ce par-dessus ton épaule que je verrai le commencement du jour avant que l’oiseau ne se mette à chanter ?  Nos fins ressemblent à nos commencements, nos chagrins à nos très tendres envoûtements personnels.  A l’aube, qu’attends-tu, qui ne scintille déjà à l’horizon ? A l’aube, que crois-tu qu’il nous restera de la profondeur de la nuit ? De la légèreté de ton sommeil et du souffle de tes flancs ? Un baiser, peut-être,  avant les déserts et les vents.

Laisse-moi te demander, une toute dernière fois, à l’aube, ce baiser sera-t-il suffisant ?