Tu dois poser un genou à terre. Le genou de l’oubli proche du pardon qui n’est pas le pardon. L’oubli est comme une feuille qui se prépare à mourir. Tandis que le pardon ressemble au dernier soupir. L’un chute tandis que l’autre t’élève.

Bien sûr que tu veux les montagnes et les ciels et les fusées. Bien sûr que les grands arbres ont leur raison d’être, il n’y a rien à leur reprocher. Bien sûr, il y a les clochers au sommet des églises comme un salut bruyant et pompeux. J’aime les cloches, les tambours et les petites trompettes. Tout ça ressemble à des enfants bruyants dans la cour, qui se lâchent, s’amusent et s’attendent. Les petits enfants, oui, et les craies de couleurs comme de petits camions qu’on roule avec le doigt. J’aime le balancier du cloche-pied, toutes ces marelles qui vont de l’enfer jusqu’au ciel. Parce qu’après tout qu’est-ce que l’enfer si ce n’est l’orgueil même de la vie. Tandis que le paradis est à portée de main comme un rire de bébé.

Il y a un effondrement salutaire au pied des traumatismes et des pertes. Ce sont les lieux du cœur où tout nous lâche. C’est la petite mort intérieure quand le précieux se fait la malle pour un dernier voyage. Et tu regardes au loin le bateau qui s’en va. Et quand il disparaît tu sais que tu es mort. La vie est tombée à l’intérieur de toi, le vent souffle dans ton ventre comme entre les grands arbres. Et ça fait du silence et le temps est comme du petit lait, aigre et pisseux.

Poser un genou, plonger jusqu’aux coudes dans les grandes marées. Les grandes marées ont de l’élégance parce qu’elles nous rapportent ce que nous avons cru perdu. Les grandes marées sont comme le rire de Dieu dans les chagrins. Le rire de Dieu est comme le sourire de l’enfant consolé, il est ton plus beau souvenir au milieu des décombres. Il est le petit bateau que tu t’amuses à pousser sur les bassins dans les jardins dans les villes vers les océans vers les nuages et jusqu’à l’infini. Tout ça retombe sous forme de pluie en passant par les yeux, c’est un petit engrenage, une tromperie, un accessoire. La vraie vie va et vient. Et tu voudrais la sortir de ta tête, pousser le bateau dans le cyclone, le voir sombrer et faire semblant de rien. Mais quand le sol a roulé sous tes pieds, que la perte est insondable alors il ne te reste que ce genou que tu dois poser à terre. Car l’eau est imprévisible mais la terre est ferme. La terre est ronde et c’est déjà consolant. C’est une pensée qui fait du bien et que tu peux rouler jusqu’à ton coeur. La terre est bleue surtout dans les grands soirs et parfois aussi lors des petites aubes. Les petites aubes sont de grands spectacles. Bien sûr, elles n’ont pas le panache des aurores boréales ni la distinction des nuits de pleines lunes. C’est vrai. La petite aube est une grâce minuscule, c’est l’aune de l’amour quand il s’oublie. Les débuts des jours sont discrets, puissants et plein de tendresse. Ils s’adressent à tous ceux qui ne sont pas encore couchés et à tous ceux qui viennent d’arriver.

Tu dois garder l’espérance car l’espérance est ta seule boussole.

L’espoir n’est rien. L’espérance est tout.

Celui qui espère n’a plus rien à craindre de l’oubli et du mauvais vin. Il doit juste attendre qu’on le prenne par la main. Et c’est un geste tendre que de plier le genou à l’heure du dernier combat. C’est se faire tout petit. Le diable passera sans te voir et Dieu te mettra dans sa poche.

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