Je l’ai découvert un jour anniversaire dans un lieu inattendu. Comme toutes les surprises. Il n’avait rien pour attirer le regard, emballé dans sa petite édition folio. La couverture n’avait rien à dire non plus. Une banale petite photo en noir et blanc, un peu floue. C’est son titre qui est venu jusqu’à moi au milieu de tous les autres signes. Je l’ai pris et j’ai fait ce que je fais toujours avec l’inconnu, les auteurs comme le reste, j’entrouvre la porte. Pas de folie, aucune précipitation. Une sagesse autorisée ayant eu raison de mes élans intempestifs. Je le prends donc, je l’ouvre, le feuillète et je tombe dedans. Immédiatement. Aussi vite qu’Alice dans le terrier du lapin blanc. Sauf qu’au lieu de rétrécir je me mets à grandir, grandir jusqu’à toucher une forme de ciel intérieur. Ce qui est paradoxal vous en conviendrez puisque ce ciel là est le Royaume en moi. Moi je vous dis que le Royaume est vaste et contient plus que les anges les planètes et les mers. C’est le lieu où le désert côtoie un soleil devenu doux à force de me toucher. C’est l’éternité de l’amour sans la peur ni les plaintes. Un silence, une plume, une sorte de petite pivoine après les pluies. Une vie toute intérieure tant elle est vraie. C’est-à-dire véritable. Sans fausses parures, sans intentions funestes émotionnelles. Sans fatras ni clinquantes danses. C’est le lieu où le cœur de l’homme touche à sa fin, où le temps s’oublie et n’attend que sa Joie. Et les mots sont comme des fées qui s’entretiennent de mes souvenirs avec tendresse.

 

« La lumière du monde »

de Christian Bobin.

 

L’EAU A LA BOUCHE/Extrait :

« J’ai toujours considéré qu’un écrivain avait plutôt des devoirs que des droits, et un de ses devoirs et d’aider à vivre. Si j’ai mis de la lumière dans mes livres, c’est aussi pour ne pas assombrir l’autre par courtoisie envers celui qui me lit ».

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