Quand naît la douceur de l’automne, tu choisiras ton feu, tes rouges et ta brûlure. Tu iras vers l’arbre tombé, asséché, ses moisissures et ses feuilles allumées. Tu verras le coeur de la Source dans tout ce qu’Elle fait, pour la mort comme pour la vie. Pour aujourd’hui, comme pour toujours. Cette flamme, minuscule, peut-être, te parle au cœur de ta saison, quand les jours s’assombrissent et que ton ciel pâlit. Quand la nuit tombe et que les jours disparaissent prématurément, s’exalte ta lumière posée sur ton sel, ta larme et l’abandon de toi-même.

Sur l’Arbre de la Grâce tu pourras accrocher tous tes cœurs, ton âme et ton corps avec. Et moi, je viendrai, juste pour toi, contempler ta chair briller dans le noir. Et toi, posé sur cet Arbre, tu t’abandonneras à l’Amour que tu es et que retient le Monde. Tu voudras t’envoler, (c’est un souvenir que tu gardes encore, qui parfois te fait souffrir car ta chair est faible, merveilleuse et pourtant souvent triste). Avant les tendres ailes qui te porteront jusqu’à la Maison, n’oublie pas que tu as choisi de te poser là, tout au milieu de nous.

Souviens-toi que cette Vie est faite pour toi : tu as toujours ton mot à dire. C’est pourquoi les meilleurs d’entre vous se retrouvent à genoux, les petits cheveux dans les yeux et de la boue sous la langue. C’est normal, avec cette terre qui bouge tout le temps, qui fait dans l’espace tous ces petits ronds. C’est pourquoi tu ne dois pas fixer tes yeux dans les yeux du grand soleil, mais bien plutôt le chercher à l’intérieur de toi. Il arrive qu’il brûle mais c’est pour les grands froids. Pour toutes ces heures qui n’arrivent qu’à toi, du moins c’est ce que tu crois. Mais toutes ces heures sont bleues, et noires, et rouges, aussi. Elles sont comme toi, elles sont comme nous, de petits pétales comme de tendres mains qui te poussent en avant et te disent « Souviens-toi, s’il-te-plaît, ramasse tout ce que tu laisses tomber à terre avec tant de négligence et par manque d’attention. Que ta nuque soit souple sans servilité, ton coeur odorant sans duplicité et tes yeux plus souvent clairvoyants que fermés. Pourquoi ne vois-tu pas que tu n’es jamais seul, jamais oublié, toujours aimé ? Ton coeur est sec, dispersé, affamé, toujours à chercher au mauvais endroit. Et tu le poses n’importe où, n’importe comment, pour n’importe quoi, et souvent, pour n’importe qui. Ramasse tout ce que tu laisses tomber à terre, avec tant de négligence, et par manque d’attention ».

Nulle gloire alors, et même pas de la petite tendresse humaine. Rien. Ou vraiment pas grand-chose, il faut le dire.

Quand naît la douceur de l’automne, tu choisiras ta danse, ta puissance et ton chant. Tu iras vers l’Arbre tombé, ses déchirures et ses feuilles allumées. Tu déposeras à ses pieds tous les petits cadeaux de ta vie, tout ce dont tu te souviens, tout ce que tu n’as pas oublié. Alors l’Arbre pliera jusqu’à toi, simplement. Il aura, posé sur ses claires et tendres feuilles, tous les embrasements que tu cherches, toutes les joies que tu attends et toutes les grâces à venir.

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