Archives de catĂ©gorie : COMMENT l’essentiel reste invisible pour les yeux mais pas pour le coeur

Sur la terre comme au ciel

Je ne ferai ni vent ni bruit. La lande restera dĂ©serte et les oiseaux chanteurs muets. Ni vent ni bruit quand vient la fin. Juste un petit soleil qui d’abord s’est allumĂ©, puis s’éteint. C’était un petit soleil de jour comme on en voit chaque matin. Un petit soleil pour une grande journĂ©e. Une journĂ©e de noce, une journĂ©e d’alliance. Je suis petite et Tu es fort. Et Tu es faible aussi, posĂ© comme un poĂšme dans le monde. Ton Coeur a le rythme de l’Amour quand il se donne justement pour ce monde lĂ , qui ne tient plus compte de rien, qui bat la campagne pour quelques vanitĂ©s et de petites chimĂšres. Je suis lĂ©gĂšre et Tu es lourd, et trĂšs grand aussi. Il n’est pas facile de Te porter ni mĂȘme de Te cacher. Ton sourire ressemble Ă  un arbre qui penche, et Tes mains ont la force des mains de l’ouvrier, du travailleur, de l’occupĂ©. Quand Tu marches, Ton pas reste certain, solide et tranquille. Tu sais oĂč poser le pied, oĂč porter Ton regard, avec des mains qui ressemblent au balancier du coeur. Tes yeux sont trĂšs sombres, et Ton regard est doux. Il est sombre et la LumiĂšre aime Ă  s’y promener. Je ne sais d’oĂč vient cette lumiĂšre, sans doute du coeur du PĂšre qui se promĂšne avec toi et visite la terre. Tu amĂšnes toutes les saisons de la vie, la naissance, la mort et les petites surprises du temps qui toujours passe. Ton vĂȘtement est blanc, d’une blancheur crue et lavĂ©e, usĂ©e par le lavage du soleil et des pluies. Ton corps semble porter la terre entiĂšrement et pourtant il me semble qu’un simple souffle pourrait le faire disparaĂźtre Ă  jamais. Tu es d’ici et pourtant Tu n’en es pas. Tu passes et tous veulent te suivre. Tous veulent que tu les regardes, au moins une fois, pour se sentir vivants. Pour que leurs vies aient l’air de valoir quelque chose, avant de disparaĂźtre. Tous attendent une parole, de celles qui vous trouent un coeur, qui vous suspendent au ciel, pour n’en plus revenir.

L’Arbre de la Grñce

Quand naĂźt la douceur de l’automne, tu choisiras ton feu, tes rouges et ta brĂ»lure. Tu iras vers l’arbre tombĂ©, assĂ©chĂ©, ses moisissures et ses feuilles allumĂ©es. Tu verras le coeur de la Source dans tout ce qu’Elle fait, pour la mort comme pour la vie. Pour aujourd’hui, comme pour toujours. Cette flamme, minuscule, peut-ĂȘtre, te parle au cƓur de ta saison, quand les jours s’assombrissent et que ton ciel pĂąlit. Quand la nuit tombe et que les jours disparaissent prĂ©maturĂ©ment, s’exalte ta lumiĂšre posĂ©e sur ton sel, ta larme et l’abandon de toi-mĂȘme.

Sur l’Arbre de la GrĂące tu pourras accrocher tous tes cƓurs, ton Ăąme et ton corps avec. Et moi, je viendrai, juste pour toi, contempler ta chair briller dans le noir. Et toi, posĂ© sur cet Arbre, tu t’abandonneras Ă  l’Amour que tu es et que retient le Monde. Tu voudras t’envoler, (c’est un souvenir que tu gardes encore, qui parfois te fait souffrir car ta chair est faible, merveilleuse et pourtant souvent triste). Avant les tendres ailes qui te porteront jusqu’à la Maison, n’oublie pas que tu as choisi de te poser lĂ , tout au milieu de nous.

Souviens-toi que cette Vie est faite pour toi : tu as toujours ton mot Ă  dire. C’est pourquoi les meilleurs d’entre vous se retrouvent Ă  genoux, les petits cheveux dans les yeux et de la boue sous la langue. C’est normal, avec cette terre qui bouge tout le temps, qui fait dans l’espace tous ces petits ronds. C’est pourquoi tu ne dois pas fixer tes yeux dans les yeux du grand soleil, mais bien plutĂŽt le chercher Ă  l’intĂ©rieur de toi. Il arrive qu’il brĂ»le mais c’est pour les grands froids. Pour toutes ces heures qui n’arrivent qu’à toi, du moins c’est ce que tu crois. Mais toutes ces heures sont bleues, et noires, et rouges, aussi. Elles sont comme toi, elles sont comme nous, de petits pĂ©tales comme de tendres mains qui te poussent en avant et te disent « Souviens-toi, s’il-te-plaĂźt, ramasse tout ce que tu laisses tomber Ă  terre avec tant de nĂ©gligence et par manque d’attention. Que ta nuque soit souple sans servilitĂ©, ton coeur odorant sans duplicitĂ© et tes yeux plus souvent clairvoyants que fermĂ©s. Pourquoi ne vois-tu pas que tu n’es jamais seul, jamais oubliĂ©, toujours aimĂ© ? Ton coeur est sec, dispersĂ©, affamĂ©, toujours Ă  chercher au mauvais endroit. Et tu le poses n’importe oĂč, n’importe comment, pour n’importe quoi, et souvent, pour n’importe qui. Ramasse tout ce que tu laisses tomber Ă  terre, avec tant de nĂ©gligence, et par manque d’attention ».

Nulle gloire alors, et mĂȘme pas de la petite tendresse humaine. Rien. Ou vraiment pas grand-chose, il faut le dire.

Quand naĂźt la douceur de l’automne, tu choisiras ta danse, ta puissance et ton chant. Tu iras vers l’Arbre tombĂ©, ses dĂ©chirures et ses feuilles allumĂ©es. Tu dĂ©poseras Ă  ses pieds tous les petits cadeaux de ta vie, tout ce dont tu te souviens, tout ce que tu n’as pas oubliĂ©. Alors l’Arbre pliera jusqu’à toi, simplement. Il aura, posĂ© sur ses claires et tendres feuilles, tous les embrasements que tu cherches, toutes les joies que tu attends et toutes les grĂąces Ă  venir.

Rappelle-moi l’Amour que je suis

Comment te sens tu ce matin Ă  l’aube d’un nouveau commencement ? Une belle et parfaite Ă©ternitĂ©, toujours renouvelĂ©e, changeante, limpide et parfaite. Rien qui bouge, tout qui frĂ©mit. Sens comme cet air que tu respires est ta perfection tout autant que ta manne. Écoute, ça n’est pas toi qui respire. « Cela Â» respire Ă  travers toi et tu n’y peux rien. C’est le Souffle qui s’occupe Ă  te maintenir dans l’ordre du vivant. Tu en as peut-ĂȘtre fait une habitude, une normalitĂ© comme tu crois normal le printemps qui s’amĂšne et l’amour de l’autre. Mais vois-tu rien n’est normal, tout est magie, don et puissance.

Comment te sens-tu quand la saison change, que l’étĂ© s’en va en te laissant tout seul ? Quelles pensĂ©es t’animent quand le fruit est acide et le manque insoutenable ? Y-a-t-il un bonheur encore possible dans le puits de la trahison, les crevasses du cƓur, l’ùre glaciaire et les douleurs polaires ?

A l’automne de ta vie, quand plus rien n’est pareil et que les enfants s’en vont, quand le corps s’amenuise, rien qu’un peu mais un peu tout de mĂȘme, quand celui-lĂ  meurt qui avait jurĂ© d’ĂȘtre Ă©ternel, quand passent les soleils jour aprĂšs jour sans te voir, que reste-t-il ?

Es-tu prĂȘt Ă  mourir ?

Quand je parle de mourir, je ne parle pas de cette minute inĂ©luctable qui pointera en ton temps le bout de son aile. Je parle de la petite mort de ce qui, en toi, se prend pour l’auteur des saisons. La toute, toute petite personne, le minuscule personnage, sa tenue de camouflage et son imposante vanitĂ©, sa parure et ses paillettes. VoilĂ  que ça brille dans le noir et que tu te prends pour une Ă©toile. HĂ©las, ta clartĂ© est bien faible et n’éclaire que ton propre aveuglement. Descends,s’il-te-plaĂźt, de ta petite colline et reviens. Reviens vers ton ciel intĂ©rieur et ta terre ancestrale. Reviens vers ta nature premiĂšre, Ă  l’aube de la CrĂ©ation, quand tu Ă©tais l’Innocence et la Joie, oui, reviens vers toi. Entre et creuse plus profond, sous les couches de l’orgueil et la tentation du drame. Plonge, dĂ©fais tes coutures, dĂ©chire tes croyances et tes drames. Rien n’est Ă  toi, c’est juste une histoire que tu te racontes pour t’endormir. Pour oublier que tu es le grand vent et l’ocĂ©an, la brise tout autant que la vague. Tu t’es perdu en chemin mais la Vie a, pour toi, semĂ© ses petits cailloux. Sur la route, ils t’attendent et brillent dans le noir. Aux branches sont accrochĂ©s des lampions et des messages en papier, si doux, si doux, tendres Ă  pleurer. Laisse aller, laisse aller, laisse tomber. Laisse tomber, oui, maintenant. N’attends pas une seule seconde et ne t’appuie sur rien d’autre que sur le mouvement de la Vie.

C’est comme une petite fleur Ă  l’intĂ©rieur de toi venue d’une possible graine oubliĂ©e. Alors, quelque chose Ă©merge et tu ne saurais dire, tu ne peux en parler. C’est un silence, et pourtant c’est aussi un son. C’est une flamme et pourtant c’est une incroyable fraĂźcheur. C’est comme une aube, ronde et laiteuse, et c’est aussi un noir immense et infini, une petite obscuritĂ© bienveillante. C’est le jaillissement de la Source, une incroyable et trĂšs pure rosĂ©e. C’est la Paix dans les dĂ©combres et la Force au milieu des colombes. C’est indicible et pourtant Ça veut se dire. Ça vient vers toi et se dĂ©pose tout au bord de ton Coeur en t’attendant.

Car Ça t’attend Ă  chaque seconde, avec une patience, une bontĂ©, un sourire immenses. Ça t’attend quand tu te lĂšves et quand tu te couches. Ça t’attend au milieu de toutes tes saisons, de toutes tes fĂȘtes et de toutes tes fournaises. Ça t’attend dans tous tes cirques, tes histoires et tes petites parades. Ça t’attend dans les rues des citĂ©s, dans les heureuses parures des jardins et les cabanes abandonnĂ©es. Ça reste lĂ , posĂ©, tranquille, Ça a l’éternitĂ© pour se vivre et c’est tellement PrĂ©sent que c’est maintenant. C’est maintenant et c’est aussi pour Toujours, c’est en fait Ă  jamais et il n’y a rien de plus Ă  en dire.

Tous les mots viennent de mon Coeur

Par-delĂ  le Ciel et tous les espaces imaginaires, il y a un lieu oĂč tout est possible. C’est lĂ  que je veux te rencontrer. Ta tĂȘte te dira que c’est loin, impossible Ă  atteindre et peut ĂȘtre perdu pour toujours, mais ton Coeur connaĂźt sa rĂ©ponse. Ton Coeur sait parce que ton Coeur connait. Si tu crois que c’est une lointaine Ă©toile, une incantation magique, un long chemin dĂ©sertique, tu t’illusionnes. Si tu vis une profonde souffrance et que tu crois Ă  la brisure de ton Ăąme, si ton corps est malade et se plaint jour et nuit, je viens vers toi avec compassion pour te dire, c’est un chemin pour te ramener Ă  la Maison. Mais tu pourrais le quitter en un instant si tu cessais d’y croire. DerriĂšre les apparences, au-delĂ  de ce que tu appelles la « rĂ©alité », il y a Toi. Ton Essence, la VĂ©ritĂ© de ton Être, la Vie Éternelle, l’Impermanent, l’Immuable, ce qui en toi ne peut pas mourir, la Conscience, et pour Tout dire, l’Amour. Prends ton temps si c’est ce que tu veux. Mais saches de quel endroit de toi-mĂȘme tu gardes cette croyance. Car si tu penses que « tu es loin » de ce que tu voudrais ĂȘtre, c’est que tu crois Ă  la pensĂ©e « je suis loin ». Et quand tu te racontes toutes tes petites histoires qui te disent « je ne suis pas aimé », « je ne suis pas en paix », c’est tout simplement que tu crois Ă  la pensĂ©e qui te dit cela. Interroge-toi. Tu pourrais choisir de voir ce petit programme que tu tĂ©lĂ©charges chaque jour et toujours dĂšs que tu ouvres les yeux sur une journĂ©e nouvelle. Et je te dis, cette journĂ©e pourrait vraiment ĂȘtre nouvelle, c’est-Ă -dire vraiment neuve, toute fraĂźche et tendre. D’ailleurs tu n’es pas obligĂ© d’attendre. Tu pourrais ĂȘtre neuf tout de suite, immĂ©diatement, au moment oĂč je te parle. En rĂ©alitĂ©, tu ES neuf Ă  chaque seconde. Maintenant. Quand je parle de « rĂ©alité », je parle du RĂ©el, ce qui ne change jamais, la Conscience, la Permanence, Dieu, l’Absolu, l’Amour fixe. Ce qui te permet de voir le mouvement. Celui de toute vie, des trains comme des feuilles au sommet des jardins. Sans ce point fixe, le mouvement n’est pas perceptible. Et c’est pareil pour tout. Ton Coeur profond c’est ton point fixe. C’est de l’Amour. Au-dehors, dans ce que tu nommes « rĂ©alité », c’est le changeant et le mobile, le fluctuant et le mouvant, lĂ  oĂč tout est relatif et la vĂ©ritĂ© incolore. C’est le monde de la forme, tout est en mouvement, impermanent, c’est pourquoi tu as toujours peur. OĂč se rĂ©fugier quand la mer me dĂ©monte et que je n’ai nulle part oĂč aller ? C’est pourquoi tu dĂ©colles vers des cieux Ă©levĂ©s, de longs voyages peut-ĂȘtre tant qu’ils te portent au loin. Tu as vu que tu te portes aussi et que tu ne peux Ă©chapper Ă  toi-mĂȘme. Alors tu te mets Ă  souffrir. Si mĂȘme les longueurs de piscine, les montgolfiĂšres et les hauteurs ne peuvent te combler, oĂč iras-tu ?

Et tu continues de tourner, et ce sont d’interminables tours de manĂšge et tu n’attrapes jamais le pompon. C’est dĂ©solant. Alors tu dis « je suis dĂ©pressif », « je suis malheureux » et tes cicatrices te dĂ©mangent. Tu te grattes jusqu’au sang et tu attends celui qui lĂ©chera tes plaies. Et quand celui-lĂ  vient qui doit aspirer ton sang et tes douleurs, tu finis par le dĂ©tester parce qu’il troue ton Ăąme en mĂȘme temps qu’il croit te guĂ©rir. C’est parce que lui-mĂȘme est plein de tous ces trous qui sont comme les tiens. Alors, que feras-tu de ta vie ?

Par-delĂ  le Ciel et tous les espaces imaginaires, il y a un lieu oĂč tout est possible. C’est lĂ  que je veux te rencontrer. C’est un lieu sur la terre qui ne provient pas de la terre et qui ressemble au Ciel que tu cherches. DĂ©pose ta besace et tes petits paquets. LĂ  oĂč il n’y a plus de temps, il n’y a plus de karma. Car ce que tu appelles ton karma est liĂ© Ă  ta petite histoire, Ă  l’écoulement de ce que tu appelles « temps ». Si tu crois dans ce « passé » que le plus souvent tu regrettes, si tu crois dans ce « futur » qui le plus souvent te fait peur, t’illusionne et te transporte vers d’improbables rĂȘves, alors ton programme s’accomplit sois-en sĂ»r. Tes attentes sont toujours le refus de ce qui est. Toutes tes envolĂ©es pour soi-disant ĂȘtre la meilleure version de toi-mĂȘme naissent d’une pensĂ©e. Tu te rejettes en cet instant. Accueilles-toi pleinement et prends du repos. Fais silence et reviens vers toi. C’est Ă  dire vers ton Être, la Vie Ă©ternelle en toi. Cesse enfin de te croire une petite Ăąme errante quand c’est pour te secouer que les cloches sonnent.

Il te faut tout perdre pour voir ce qui ne peut ĂȘtre perdu. Devenir aveugle et sourd pour voir ce qui ne peut ĂȘtre vu et entendu, disperser ton Ăąme et ton corps aux quatre coins des mondes pour trouver l’UnitĂ©.

Tous les mots qui viennent de mon Coeur, ici et maintenant, au moment oĂč je te parle, sont la simple forme que prends l’Amour quand il te ramĂšne Ă  la Maison.

RĂ©veille-toi. RĂ©veille-toi. Tous ces mots viennent de ton Coeur qui appelle.

 

 

 

 

 

 

 

C’est là mon chant

Je voudrais que chaque petite chose de la vie soit une fĂȘte. Une foraine, une trĂšs grande, une incroyable noyade vers des eaux profondĂ©ment amicales.

Je voudrais que chaque heure soit comme un petit bijou, un foulard de soie précieuse et tendre, enroulé autour de nos mains.

Je voudrais que chaque minute soit un battement de cils noirs et doux, du petit velours en mouvement, comme une aile de moineau.

Peut-ĂȘtre voudrais-tu le monde comme une fĂȘte mais les fĂȘtes sont provisoires et le monde est vain.

Peut-ĂȘtre attends tu des voyages, du sable, une mer vivante et ronde pour que le monde tourne rond. Mais les voyages sont incertains et le monde se dĂ©fait.

Nous voudrions que chaque jour soit une fĂȘte, oui. Un chapelet de toutes petites minutes posĂ©es comme des couleurs sur nos manteaux. Alors nos pas seraient sĂ»rs, nos cƓurs entiers et nous pourrions danser. Je mettrais mes froufrous et mon joli chapeau. Tu porterais ton bel habit, tu serais trĂšs beau. Nous vivrions tous dans des manĂšges tournoyants, le monde aurait enfin la tendresse que tu attends. Les enfants seraient nourris et les guerres emportĂ©es. Les flammes seraient pour les vivants plus que pour les morts. Il y aurait de la joie dans les enterrements car c’est encore la Vie qui te reprend.

Il faudrait que tu fasses de chaque instant une petite fĂȘte. Sans crier, discrĂštement. Tu me diras comment fĂȘter la maladie, la soif et les tourments ? Comment passer de la lumiĂšre Ă©tincelante au blanchiment de l’aube ? Tu penseras qu’il faut ĂȘtre innocente, et trĂšs sĂ»rement naĂŻve, pour croire Ă  l’azur quand passent les canons. Tu croiras sans doute Ă  ce que tu vois seulement. Et ce que tu vois, c’est la misĂšre, le doute et l’effroi. Les fins d’automne, le gel et les grands froids. Tu cours derriĂšre la fin du monde, l’argent, de glorieuses mĂ©moires et ton nom sur les rues. Tu cours aprĂšs ton ombre. Nous laisseras-tu quelque chose, toi qui ne fait que passer ? Un geste hĂ©roĂŻque ou un simple baiser ? Une priĂšre, un chant, ou un petit bouquet ?

Il est impĂ©ratif que tu fasses de chaque moment une grande fĂȘte incroyable. Ça n’est pas optionnel, c’est mĂȘme obligatoire, si tu veux mourir en paix. Et mĂȘme plus, si tu veux la Paix avant ta mort. Je veux dire si tu veux vivre. L’existence est monotone, incolore et mĂ©diocre si tu ne brĂ»les pas.

Le quotidien est fade et brumeux si tu ne te réveilles pas.

Tu voudrais chaque jour comme une petite fĂȘte mais tu dors encore et ta souffrance est vive. Si tu descendais jusqu’à Toi, dans tes profondeurs, tu rencontrerais la pĂ©pite, la semence. Tu toucherais Ă  l’origine du monde, Ă  la rĂ©surrection du Verbe. Tu aurais l’intelligence. La sagesse en toi remplacerait la force et les combats. La Paix pourrait te trouver et peut-ĂȘtre nous aussi. La tendresse remplacerait la douleur et les tristesses s’éloigneraient. Tu les saluerais de loin, comme on salue celui dont on ne sait pas le nom.

Tu sortiras de l’enfer car l’enfer est sur la terre et le paradis est en toi. Viens et vois. Tu auras la victoire, les anges et la barbe à papa. Tu pourras tendre la main et nous prendre avec toi.

Quoi de plus simple, quand on y pense.

 

 

 

 

L’élĂ©gance du discernement

Si la VĂ©ritĂ© doit te rendre libre, oĂč la trouver ? Si l’Amour peut te donner des ailes vers quoi s’envoler ? Et si la Paix marche sous tes pas, comment la garderas-tu ?

Avant de revĂȘtir tes habits de lumiĂšres, tes fragrances et tes paillettes, dis-moi quel air choisis-tu de respirer et de nous souffler au visage ? Parle-moi de ce qui remplit tes poumons Ă  cet instant. Parce que si tu Ă©touffes sous les faux-semblants et les mensonges de ta petite personne, ce que je respire de toi est sans oxygĂšne. En mĂȘme temps il est salutaire que tu ailles vers ce lieu profond oĂč tu meurs Ă  toi mĂȘme. Tu devras laisser derriĂšre toi les flaques, les eaux boueuses et les pensĂ©es mortifĂšres, pour aller sur la montagne. Étonnamment, la montagne te ramĂšnera Ă  toi-mĂȘme et te montrera la vallĂ©e. Dans un premier temps, tu oscilleras entre les deux. Et cette oscillation t’amĂšnera la faveur de l’équilibre. Tu verras que la vie rĂ©elle n’est pas plus sur les hauteurs que dans les creux. Pas plus en haut qu’en bas. Tu te jugeras inapte et peut ĂȘtre inintĂ©ressant. Et tu auras, d’un certain point de vue, tout Ă  fait raison. Parce que ce n’est pas ce que nous choisissons de voir en toi.

Ce que nous voulons voir, c’est l’or Ă©tincelant d’une puissante Conscience.

C’est la valeur de ton Etre quand il se relie Ă  la Source suprĂȘme. C’est l’épanouissement de ta Joie quand tu te sais aimĂ© absolument. C’est Ă  dire sans conditions ni contraintes, sans terreurs ni doutes.

Ce que nous voulons voir en toi, c’est la tendresse de l’enfance qui s’amuse Ă  tout imaginer et Ă  le croire possible. C’est la puissance de l’innocence qui offre au monde une vulnĂ©rabilitĂ© qui n’est pas une plainte mais la reconnaissance du Bien.

Ce que nous croyons pour toi, tu dois le croire pour toi mĂȘme et en cela, peut-ĂȘtre, tu te sentiras seul. AbandonnĂ©. Possiblement misĂ©rable. C’est parce que tu marches le nez pointĂ© vers tes godillots sur la pourriture d’un chemin qui ne te convient plus. Alors tu lĂšveras les yeux vers le ciel et les Ă©toiles te paraĂźtront inaccessibles. C’est toujours comme ça avec les Ă©toiles. Lointaines, distantes, Ă©blouissantes, elles tiennent l’homme occupĂ© Ă  d’incomprĂ©hensibles mystĂšres trop grands pour lui. Et te voilĂ  perdu dans cette obscuritĂ© animĂ©e d’inaccessibles lucioles. De nouveau tu oscilleras entre la terre et le nuage, la poussiĂšre et la pluie, la cendre et le ciel. Alors tu observeras que ce qui fait le lien entre le Haut et le Bas, le Paradis et l’Enfer, c’est l’Humain que tu es. Tu vivras l’écartĂšlement de la croix qui te porte en son centre. L’endroit oĂč se relient les Mondes. L’endroit oĂč tu assumes ton horizontalitĂ© en vue de te verticaliser. C’est le lieu de la PrĂ©sence, le lieu de ton Essence. La seule et indicible souffrance qu’elle aura l’air de t’offrir n’est pas rĂ©elle. Elle est l’histoire que tu t’es racontĂ©e jusqu’à ce jour. Et comme la petite personne en toi tient Ă  ses souffrances, elle croit encore que le Divin pourrait prĂ©fĂ©rer la douleur Ă  la Paix, le chagrin Ă  l’Amour, le sang Ă  la Joie, quand Il te ramĂšne simplement Ă  Toi-mĂȘme. Le centre d’une croix, c’est la croisĂ©e du chemin. Ton chemin. TantĂŽt Ă  gauche vers un passĂ© qui n’est qu’une mĂ©moire entretenue. TantĂŽt Ă  droite vers un futur qui n’arrive jamais. Pour peu que tu continues de croire Ă  la linĂ©aritĂ© du temps.

Alors en bas, qui te rappelle oĂč tu t’en va trĂšs certainement, la terre nourriciĂšre que tu iras nourrir. Et puis en haut, vers les paradis perdus ou possiblement conquis. Dans aucun de ces endroits tu ne pourras poser ta tĂȘte, car il n’y a lĂ  pas de repos possible. Ce sont de simples points cardinaux et tu crois que c’est vrai quand ça ne l’est pas. La VĂ©ritĂ© se trouve au centre de toi-mĂȘme, comme un lumignon qui fume parce qu’il semble Ă©teint. Mais si tu as l’Inspiration de souffler dessus, le voilĂ  qui s’allume pour Ă©clairer ta route et ton Ăąme. Personne ne peut l’éteindre et mĂȘme Dieu ne le fait pas. C’est l’espace en toi porteur du Souffle de ton existence. De ta vie. C’est le silence profond oĂč le battement de ton cƓur est Ă  l’unisson du battement de coeur de ta Source. C’est-Ă -dire de la Vie mĂȘme. Un battement d’ailes seulement te sĂ©pare de ton Lieu Secret. Un Souffle. Possiblement, une simple respiration.

S’il-te-plaüt, assieds-toi.

L’heure bleue

Il y a dans cette heure dĂ©licieuse nommĂ©e « heure bleue Â» toute l’espĂ©rance du monde que tu peux crĂ©er. Aussi, reçois le parfum magnifique de cette heure entre deux ciels.

L’heure bleue est le si joli moment entre la lumiĂšre et l’obscuritĂ© oĂč le ciel fonce sa couleur claire en prĂ©parant sa nuit, l’instant le plus lumineux prĂ©cĂ©dant le crĂ©puscule . Mais comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’heure bleue revient Ă  l’aube. Un cadeau d’une quinzaine de minutes juste pour vivre la magie du vivant. L’heure bleue est comme une invisible porte avant, ou aprĂšs, les tumultes et les orages de ta journĂ©e. En Ă©tĂ©, cette heure est la plus favorable pour sentir le parfum des fleurs. Et c’est aux premiers instants de  l’heure bleue  que l’ensemble des oiseaux se met Ă  chanter. Cette symphonie ne dure que quelques minutes avant que la vie ne reprenne son cours. L’heure bleue scelle le passage entre le visible et l’invisible. Tout semble au repos, et pourtant tout est en travail. Ceux qui prient sont dĂ©jĂ  debout, ils savent que c’est le temps de l’exaucement. A cet instant prĂ©cis, pour quelques minutes seulement, s’ouvre un passage. Il y a lĂ  le silence, tout le pouvoir crĂ©atif du commencement des Mondes. Car l’univers a Ă©tĂ© crĂ©Ă© dans une bulle de parfait silence. Rien Ă  voir avec un bruyant Big Bang. Le bruit, c’est une parade du vivant, un faux-semblant de respiration humaine. Seul l’intimitĂ© du silence donne la vie. Dans cet espace, je peux entendre les battements de ton cƓur et le mien. Et c’est Ă  cet endroit que le Divin t’écoute et te rĂ©pond. Tu fermes les yeux et ton Être te parle. A condition que tu te taises. Que le bruit mental, incessant qui te tient lieu d’objectif de vie se calme et s’apaise. « Fais silence, et connais que je suis Le CrĂ©ateur» dit la Torah.

Tais-toi. Pour une fois, tĂąche de grandir un peu. Pousse en vertical, prends de l’expansion et caresse ton ciel intĂ©rieur. Ton CƓur profond est bleu. Un bleu prĂ©cieux d’une entre-deux vies, entre deux morts qui n’en sont pas. Si tous les cƓurs du monde se parlaient quand s’élĂšve l’heure bleue, il y aurait la Paix sur la terre, c’est absolument certain.

Pourquoi vouloir dĂ©crocher une si lointaine et turbulente lune quand d’incroyables jardins intĂ©rieurs attendent ta semence et ta joie ?

La tranquille et superbe heure bleue est le tendre rappel de l’Amour.

RĂ©veille-toi s’il-te-plaĂźt.

Pourquoi j’aime les pñquerettes

C’est dans l’air, paraĂźt-il, ce goĂ»t des autres et de leurs petites histoires. Pas toujours trĂšs claires, les petites histoires. Venues de loin, souvent, c’est-Ă -dire de ce qui se fait passer pour du lointain. Parce qu’en fait rien ne vient jamais de loin mais plutĂŽt du tout proche.

[MĂȘme si, trĂšs personnellement, j’aime aller loin et j’adore les avions. Et tout ce qui sert au mouvement. Mais surtout les avions. J’adore les traces qu’ils laissent quand je regarde en haut parce que je me dis que moi aussi je laisse ma trace en bas. Qui, Ă  vrai dire, ne tient peut ĂȘtre pas plus longtemps que leur blanche et grise fumĂ©e. Tant pis. Ceux qui ont des yeux pour voir sauront de quoi je parle. Et ceux qui ont des oreilles pour entendre pousseront la chansonnette avec moi].

Je reviens Ă  mon sujet. La pĂąquerette. Et pourquoi je les aime. D’abord, parce qu’elles sont plus rares qu’on ne le pense. Ensuite, parce que si tu les cueilles, elles meurent trĂšs vite. C’est une histoire d’appartenance. Tout ce que je veux saisir et garder pour moi est vouĂ© Ă  mourir. L’amour, la joie, la tendresse et le rire. Tous ces petits pĂ©tales, ces fragiles pĂ©tillances sont pour le monde entier. Aussi je dois ĂȘtre attentive Ă  ce que je fais. MĂȘme la maniĂšre dont je respire Ă  son importance. La pĂąquerette est sensible Ă  la maniĂšre dont tu respires, crois-le ou non. [Bien que je me permette de penser que ce serait bien que tu le crois]. Tu me diras sans doute que les roses et les chardons y sont sensibles aussi et tu auras raison. Sans compter tous les arbres, les torrents, les vallĂ©es et mĂȘme la lune, en fait. Mais je sens que nous allons nous Ă©garer et nous occuper de choses bien trop grandes pour nous. En tout cas pour moi. Je reviens avec une tendresse que j’espĂšre visible vers la pĂąquerette.

La pĂąquerette « plante vivace de la famille des AsteracĂ©es Â» [si, tu pourras vĂ©rifier], elle me rappelle toi, elle me rappelle moi. Tu ne le sais pas, je m’en doute. C’est pour cela que je suis lĂ . C’est une trĂšs grande et trĂšs majeure dĂ©couverte qui ne sera hĂ©las pas Ă©voquĂ©e sur les mĂ©dias aujourd’hui, sans cesse occupĂ©s de choses extrĂȘmement importantes, des plus apparemment graves et tristes.

La pĂąquerette est rustique – si.. un peu… quand mĂȘme …- bien qu’elle se fasse appeler « petite marguerite Â» ou « fleur de PĂąques Â», par humilitĂ©. Une petite caractĂ©ristique qui pourrait sauver l’amour. Parfois. Et quand je parle d’humilitĂ© il n’est pas question de t’enfoncer dans la boue. Non. J’invoque une toute petite invocation de l’Etre Ă  se souvenir d’oĂč l’on vient.

A se rappeler que tu n’es pas le pĂ©tale mais le pistil, pas le soleil mais sa lumiĂšre. Et sa chaleur aussi quand tu prends quelqu’un dans tes bras. La pĂąquerette est fidĂšle Ă  ce qu’elle paraĂźt ĂȘtre. Pas de faux semblant. Elle ne se fait pas passer pour quelqu’un d’autre, ce qui est trĂšs reposant par les temps un peu orageux que nous traversons. Elle n’a pas l’élĂ©gance de la pivoine et son extatique floraison. Elle n’a pas la puissance du chĂȘne et le snobisme de la rose. [Le Petit Prince en a fait l’expĂ©rience et moi j’aime ceux qui expĂ©rimentent la vie plutĂŽt que d’en parler]. La pĂąquerette est comme un enfant qui joue. Moins susceptible que le coquelicot qui se laisse Ă  peine approcher, moins Ă©phĂ©mĂšre que la jolie violette, elle n’émet pas plus d’odeur que de son. Mais la pĂąquerette sort toujours en famille et c’est peut-ĂȘtre ce qui fait sa force. [Pour ceux qui considĂšrent que la famille est une force dans la vie, et moi je dis que c’est un point qui reste toujours Ă  dĂ©battre …]

J’aime la pĂąquerette qui pousse aussi aux pieds des hautes tours, dans les citĂ©s autant que dans les squares et les prairies.

J’aime la pĂąquerette, parfois minuscule et pourtant trĂšs aguerrie. Les inconscients l’écrasent sans mĂȘme l’avoir vue et personne ne l’entend se plaindre. Pourtant, c’est trĂšs lourd l’inconscient planĂ©taire, la maladie de l’ignorance et de l’[Ă©go]centrisme. C’est trĂšs pesant si tu aimes les fleurs.

Et c’est douloureux quand tu bouges.

Toutes ces peurs, ces aveuglements, ces cƓurs durs, font d’incroyables petits tambours, d’invraisemblables percussions qui font mourir la pñquerette et le cƓur de l’Homme.

Sois vigilant.

Jour aprĂšs jour, je viens Ă  ta porte

Il te faudra de la vigilance lorsque que tu ouvriras un livre rangĂ© depuis trĂšs longtemps. Il a Ă©tĂ© posĂ© lĂ , dĂ©placĂ© peut-ĂȘtre, d’une Ă©tagĂšre Ă  l’autre. Il a fait partie de tes choix de vie tout autant, ce que tu as gardĂ©, ce que tu as jetĂ©, tous ces dĂ©cisions que tu as dĂ» prendre durant la traversĂ©e. Tu en as sacrifiĂ© quelques uns Ă  la sortie de l’enfance et tu en as sanctifiĂ© d’autres qui n’étaient pas Ă  toi. Tu les as reçus, ils sont encore lĂ  tandis que tes aimĂ©s s’en vont, taillant la route par leur absence. Qu’ils soient morts ou plus simplement partis, ils t’ont quittĂ©. Et le livre est un don de reconnaissance, une pensĂ©e qui s’attarde au bord du coeur et des yeux. Ta main le saisit sur l’étagĂšre et ta mĂ©moire se renouvelle. L’ouvrir avec dĂ©licatesse est un hommage aux disparus. Il y a lĂ  une attention trĂšs tendre et peut-ĂȘtre un peu inquiĂšte. Parfois il ne contient rien d’étonnant, ce sont de simples feuilles calligraphiĂ©es qui racontent des histoires. Et cette histoire pourrait ne plus t’intĂ©resser. Il arrive cependant qu’en feuilletant le papier quelque chose surgisse qui n’était pas prĂ©vu. Une carte postale datant du temps oĂč nos mĂ©moires Ă©taient encore offertes par des mains d’hommes et de femmes. Une lettre absolument oubliĂ©e Ă  cause de la douleur, une photo pimpante et ensoleillĂ©e d’un paysage marin ou d’une cathĂ©drale, une petite photomaton laide et grise, te sautent au-travers des yeux jusqu’au cƓur. N’oublions pas la fleur sĂ©chĂ©e, souvenir d’une grand-mĂšre ou d’un joli-cƓur, tartines et chocolat, le petit Casino avant la plage, les bretonnes marĂ©es, « la plage sous les pavĂ©s Â» comme on disait alors.

Tes mémoires sont de si jolies poupées russes !

Chaque livre est un ouvrage, une boßte aux trésors, une malle de voyage. Chaque livre est aussi un coffre-fort, une cage fermée.

Ton existence est onirique et les oiseaux sont au ciel. Parfois la photo est vivante, le paysage incroyable et tous les gens sont beaux. Incroyablement et trĂšs parfaitement prĂ©sents, avec leurs visages tout ouvert et leurs regards droits devants vers nous. Celui qui fixe le temps, celui qui pose, celui qui regarde, tous ces petits mondes ne font qu’un. AlignĂ©s, tellement vivants, c’est la PrĂ©sence. La magie de l’instantanĂ© quand il devient CrĂ©ateur. Quelques secondes et vous voilĂ  Ă©ternels. Le mythe d’Icare sans la malĂ©diction, l’envolĂ©e sans la chute, l’eau forte d’un peintre inconnu.

Parfois c’est la carte ou la photo qui tombent. Tout ça chute sur le sol et c’est imprĂ©visible. VoilĂ  qu’une Vie glisse Ă  terre. Une date, une signature et quelques mots comme de petites flammes, une brĂ»lure douloureuse, un torrent, une tempĂȘte. Ou peut-ĂȘtre une douceur, voyelles et consonnes enfin rĂ©unies, des bonbons disparus, du sucre collĂ© au fond de la mĂ©moire pour garder le cƓur. Ah ! Reçois le don des larmes comme la reconnaissance de la trace laissĂ© par l’auteur. Laisse-toi traverser par la grande Ă©motion qui vient maintenant Ă©clairer toute la GrĂące que tu avais choisi d’ignorer. Laisse-toi porter, oui, car les grandes ailes du pardon sont pour toi. Laisse-toi prendre Ă  la petite ficelle de la mĂ©moire, aucun lien n’est brisĂ©, tout est toujours Ă©ternel. Entre les « vivants Â» et les « morts Â», les « vivants Â» et les « vivants Â», tout est toujours lĂ , Ă  portĂ©e du Souffle. La carte, la photo dans le livre, le livre dans la bibliothĂšque, la bibliothĂšque dans la maison, la maison sur le territoire, les frontiĂšres installĂ©es, tout ira en s’effaçant.

Essaie de ne pas l’oublier.

Tes choix de vie te regardent, je veux dire qu’ils te regardent en face et t’interrogent. Ta mĂ©moire n’est rien, ton souvenir est lĂ©ger. Tout s’en va vers une tendre poussiĂšre.

Aussi, je te demande, quelle trace marquera le pas de ton chemin pour celui qui te suit ?

 

3 avions

C’est le vƓu qui mĂšne aux voyages, aux absences programmĂ©es. C’est le vƓu du monde quand il tourne tout autour de la joie et que la joie, c’est moi.

Au milieu des chasseurs de guerre, des intĂ©rieurs nuit, toutes ces petites problĂ©matiques qui entourent l’espace de nos vies, j’ai choisi de compter mes avions dans le ciel.

Trois avions pour une vie nouvelle, trois avions pour de secrÚtes palpitations, pour le velours de leurs traces sur ma rétine. Parce que trois est un chiffre à plusieurs, tout autant que mes pas sur la terre.

Rien de mal ne peut m’arriver dans le ciel, seul lieu oĂč je peux encore te trouver. Quand je parle du ciel je parle aussi de nos vies, c’est-Ă -dire du ciel sur la terre, et pas seulement de la terre comme au ciel. J’ai vidĂ© la soute Ă  bagage, chacun ses soucis. Il est bien possible que la tienne soit encore pleine. Nous ne sommes jamais loin les uns des autres, aussi tu garderas pour toi ton petit parachute, ami.

J’ai dans l’idĂ©e qu’il y a dans les airs une possibilitĂ© de pardon qui ne se trouve nulle part ailleurs. Nos aimĂ©s se souviennent encore de nous, ils nous observent Ă  travers les hublots avec tendresse et sollicitude.

Rien ne se perd quand il est bien gardĂ©, pourquoi devrais-je laisser tomber l’amour ?

Mon esprit quand j’y pense file Ă  la vitesse d’un Ă©clair magicien. L’univers s’occupe de nous Ă  n’en pas douter.

VoilĂ  ce que je me dis en levant les yeux vers mon bleu monochrome. Aucune vague de malheur ne vient toucher mon nuage, mon coton et mes petits paysages.

Tiens, voilĂ  mes avions me dis-je en moi-mĂȘme. Il y a du mouvement dans l’air. Et c’est pourtant le silence qui m’entoure. VoilĂ  bien un endroit pour dormir, tout en haut, lĂ  oĂč je sais qu’ils s’amusent. Ils sont beaux comme des bonbons. Je les vois passer, un par un, comme s’ils voulaient s’assurer que je les regarde. Soit sĂ»r, ami, que pas un ne se perd. J’ai les yeux sur le ciel comme un enfant sur sa mĂšre. VoilĂ  le premier me dis-je. Le premier vient toujours comme par hasard. Il met dans sa trajectoire l’idĂ©e d’un bel espoir et comme je ne veux pas le dĂ©cevoir, je le regarde passer avec toute la tendresse de celle qui est encore Ă  terre.

Passe le deuxiĂšme. Celui-lĂ , c’est celui qu’on attend. Il porte en lui la confirmation du premier tout autant que l’attente du suivant. Quand je vois le troisiĂšme qui pointe son mĂ©tal Ă©tincelant et sa petite fumĂ©e, je sais que Dieu existe et qu’Il m’embarque avec Lui.

Les avions sont comme des anges. Ils ont des ailes, ils sont blancs, et nous emmĂšnent oĂč ils veulent.