Dans la pluie fine et tranquille de ce jour qui commence en toi, je songe à tes rêves, à tes voyages intérieurs, à tes attentes et tes désillusions. A tous ceux qui sont partis, ici ou ailleurs, à tous les manquements envers l’Amour que tu Es. Ces attentes envers les autres sont souvent des manquements envers toi-même, de petits suintements que tu laisses couler vers le monde pour qu’il te console. Ce que le monde ne fera pas. Non par mauvaise volonté mais par son incapacité même à te consoler. Car le Monde n’est pas fait pour ça. Il est un miroir déformé de ton univers intérieur. Toutes ces guerres, ces violences et ces révoltes, ces jets de pierres et ces tortures cachées dans les prisons. Toutes ces fortes tempêtes et ces puissants effondrements. Toutes ces insultes et ces barbares exactions. Ces coups de couteaux et ces mitrailleuses à tes frontières, ces peuples perdus, errants vers un hypothétique lieu qui ne les consolera pas non plus. Et voilà que tu y participes, avec tous tes petits trous profonds, intérieurs, fétides puanteurs personnelles où la Vie ne pénètre plus.

Alors moi je te dis reviens vers toi. Puisque tu ne pourras rien emporter, puisque tout te quitte un jour pour ne plus revenir, prends maintenant ce que la tendresse peut t’offrir. Ouvre grand tes bras vers notre monde, comme un Christ ouvert aux plus souffrants comme aux plus heureux. Le doux et l’amer. L’épine et la terre. Le sang et l’eau. Accueille-toi et Il te prendra dans ses bras. Car Il est comme un grand soleil sur le mur, la lumière de ton monde où ton ombre est portée. Il est la flamme de ta Joie véritable, consumante, ardente et douce. Il brûle les scories des mensonges et des luttes. En toi, trouve ce Maitre intérieur que tu cherches avec désespoir dans les déformations de ton âme, les scories de tes souffrances. Laisse-toi consumer. La vérité de ta vie n’est pas dans le bruit, les dissipations et l’usure de ton corps mais sous la cendre. Là, ne reste plus rien de toi-même. La vanité de ta vie est une petite buée qui ne fait pas long feu. Ton désir effréné d’une personnelle et petite amélioration disparaît. Tu te laisses prendre, envelopper, tordre et la sueur de ton front creuse un chemin. Sur le chemin, quelques fleurs et des nuages polymorphes. Sur la route, un tout petit enfant, son ballon bleu et ses bonbons dans sa poche. Sur le sentier, de sombres phalènes et de petites étincelles à la volée. La voie, le panneau indicateur, les tendres synchronicités. Le caillou de tes petites misères, la brise de toutes tes espérances, je prends tout. Et toi tu écartes tes mains non plus pour songer à prendre mais bien pour t’offrir. Posé, aligné, ici, maintenant accueillant tout et tous en un même moment. Puisqu’ « ici » c’est « partout ». Puisque « maintenant » c’est « toujours ». Laisse-toi infuser par la Vie qui t’adore à cet instant même. La forme de cette adoration reste un mystère qui pourrait mener ton Coeur à la révolte et je le comprends. Les anges n’ont pas toujours les ailes que tu leur donnes quand ils rassemblent tes démons intérieurs, tes maladies et tes chagrins d’amour. Ils se pointent d’on ne sait où et voilà que tu tombes à l’intérieur de toi, apparemment tout à fait seul. Mais c’est juste l’illusion du monde parce ton pied ne heurtera pas la pierre, ni le sol, ni même un nuage. Tu observes que tu es soulevé vers la Joie. Tu baignes dans la confiance que la Vie a en toi. Posé là, sans rien qui t’appartienne, entre dans le divin repos, la petite eau salutaire et laisse-toi bercer. Quand la petite eau a raison de toi, avec toute sa tendre puissance, elle te plonge dans la Grâce.

Par le bouillant, la tension et le feu, c’est comme cela que la Vie t’infuse. Puis viens la tendre puissance de l’Amour.

Laisse-toi faire.

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