C’est dans l’air, paraît-il, ce goût des autres et de leurs petites histoires. Pas toujours très claires, les petites histoires. Venues de loin, souvent, c’est-à-dire de ce qui se fait passer pour du lointain. Parce qu’en fait rien ne vient jamais de loin mais plutôt du tout proche.

[Même si, très personnellement, j’aime aller loin et j’adore les avions. Et tout ce qui sert au mouvement. Mais surtout les avions. J’adore les traces qu’ils laissent quand je regarde en haut parce que je me dis que moi aussi je laisse ma trace en bas. Qui à vrai dire ne tient peut être pas plus longtemps que leur blanche et grise fumée. Tant pis. Ceux qui ont des yeux pour voir sauront de quoi je parle. Et ceux qui ont des oreilles pour entendre pousseront la chansonnette avec moi].

Je reviens à mon sujet. La pâquerette. Et pourquoi je les aime. D’abord parce qu’elles sont plus rares qu’on ne le pense. Ensuite parce que si tu les cueilles, elles meurent très vite. C’est une histoire d’appartenance. Tout ce que je veux saisir et garder pour moi est voué à mourir. L’amour, la joie, la tendresse et le rire. Tous ces petits pétales, ces fragiles pétillances sont pour le monde entier. Aussi je dois être attentive à ce que je fais. Même la manière dont je respire à son importance. La pâquerette est sensible à la manière dont tu respires, crois-le ou non. [Bien que je me permets de penser que ce serait bien que tu le crois]. Tu me diras sans doute que les roses et les chardons y sont sensibles aussi et tu auras raison. Sans compter tous les arbres, les torrents, les vallées et même la lune, en fait. Mais je sens que nous allons nous égarer et nous occuper de choses bien trop grandes pour nous. En tout cas pour moi. Je reviens avec une tendresse que j’espère visible vers la pâquerette.

La pâquerette « plante vivace de la famille des Asteracées » [si, tu pourras vérifier], elle me rappelle toi, elle me rappelle moi. Tu ne le sais pas, je m’en doute. C’est pour cela que je suis là. C’est une très grande et très majeure découverte qui ne sera hélas pas évoquée par les médias aujourd’hui, sans cesse occupés de choses extrêmement importantes, des plus apparemment graves et tristes.

La pâquerette est rustique – si.. un peu… quand même …- bien qu’elle se fasse appeler « petite marguerite » ou « fleur de Pâques », par humilité. Une petite caractéristique qui pourrait sauver l’amour. Parfois. Et quand je parle d’humilité il n’est pas question de t’enfoncer dans la boue. Non. J’invoque une toute petite invocation de l’Etre à se souvenir d’où il vient.

A se rappeler que tu n’es pas le pétale mais le pistil, pas le soleil mais sa lumière. Et sa chaleur aussi quand tu prends quelqu’un dans tes bras. La pâquerette est fidèle à ce qu’elle paraît être. Pas de faux semblant. Elle ne se fait pas passer pour quelqu’un d’autre, ce qui est très reposant par les temps un peu orageux que nous traversons. Elle n’a pas l’élégance de la pivoine et son extatique floraison. Elle n’a pas la puissance du chêne et le snobisme de la rose. [Le Petit Prince en a fait l’expérience et moi j’aime ceux qui expérimentent la vie plutôt que d’en parler]. La pâquerette est comme un enfant qui joue. Moins susceptible que le coquelicot qui se laisse à peine approcher, moins éphémère que la jolie violette, elle n’émet pas plus d’odeur que de son. Mais la pâquerette sort toujours en famille et c’est peut-être ce qui fait sa force. [Pour ceux qui considèrent que la famille est une force dans la vie, et moi je dis que c’est un point qui reste toujours à débattre …]

J’aime la pâquerette qui pousse aussi aux pieds des hautes tours, dans les cités autant que dans les squares et les prairies.

J’aime la pâquerette, parfois minuscule et pourtant très aguerrie. Les inconscients l’écrasent sans même l’avoir vue et personne ne l’entend se plaindre. Pourtant, c’est très lourd l’inconscient planétaire, la maladie de l’ignorance et de l’[égo]centrisme. C’est très pesant si tu aimes les fleurs.

Et c’est douloureux quand tu bouges.

Toutes ces peurs, ces aveuglements, ces cœurs durs, font d’incroyables petits tambours, d’invraisemblables percussions qui font mourir la pâquerette et le cœur de l’Homme.

Sois vigilant.

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