Archives de catĂ©gorie : JOURNAL D’UNE LOGOTHERAPEUTE

Le travail, nouveau champ de bataille

La course au profit et Ă  la rentabilitĂ©, le manque d’humanitĂ© et de considĂ©ration au sein des Ă©quipes, l’humiliation et les harcĂšlements apportaient dĂ©jĂ  les drames au sein des entreprises et des familles. Nous aimerions pouvoir dire que les choses ont Ă©voluĂ©es et que la sociĂ©tĂ© dans son ensemble s’est donnĂ©e les moyens de grandir. HĂ©las, la situation au travail est de pire en pire et l’actualitĂ© ne fait que la renforcer.

Devant cette vague qui ne concerne pas seulement la pandĂ©mie et ses consĂ©quences mortifĂšres, certains salariĂ©s sont entre la vie et la mort sur le lieu mĂȘme de leur profession. Ce qui, autrefois, Ă©voquait une activitĂ© rĂ©munĂ©rĂ©e oscillant entre une vraie vocation et le simple besoin alimentaire, est aujourd’hui pour beaucoup un pur champ de bataille dont les salariĂ©s – cadres et non cadres – sortent rarement gagnants. MalgrĂ© cette belle idĂ©e du « win-win » qui nous voudrait tous vainqueurs et, Ă  dĂ©faut, au moins suffisamment rĂ©signĂ©s pour arrĂȘter le combat, « travailler » s’apparente aujourd’hui pour certains d’entre les humains Ă  se mettre en danger psychique au risque d’y laisser sa peau. Devant tant de dĂ©tresse, tous les professionnels de santĂ© que nous sommes se mobilisent au mieux de leurs compĂ©tences – et elles sont nombreuses – pour accompagner ceux qui ont besoin d’écoute, de soin et de bienveillance.

La mĂ©decine du travail est en premiĂšre ligne de ce terrible tsunami, suivie bien sĂ»r de toutes celles et de tous ceux qui donnent leur temps et leur Ă©nergie Ă  tenter d’adoucir et d’accompagner ce qui va nĂ©cessiter peut-ĂȘtre un changement de vie radical. Ou pas. En tout cas, une transformation intĂ©rieure du systĂšme de valeurs personnelles d’un ĂȘtre.

Car nous sommes dans une phase qui ne concerne pas seulement l’individu mais l’humanitĂ© toute entiĂšre. AprĂšs cette sorte « d’arrĂȘt sur image » Ă  laquelle nous avons pu assister en 2020, le monde tout entier semble aller vers le chaos et la dĂ©structuration globale.

Le monde du travail n’échappe pas Ă  cet autre monstre pandĂ©mique. Celui-lĂ  n’est plus cachĂ© sous notre lit : il semble bien vouloir nous dĂ©vorer tout cru s’y nous n’y faisons pas face avec courage.

Sur la terre comme au ciel

Je ne ferai ni vent ni bruit. La lande restera dĂ©serte et les oiseaux chanteurs muets. Ni vent ni bruit quand vient la fin. Juste un petit soleil qui d’abord s’est allumĂ©, puis s’éteint. C’était un petit soleil de jour comme on en voit chaque matin. Un petit soleil pour une grande journĂ©e. Une journĂ©e de noce, une journĂ©e d’alliance. Je suis petite et Tu es fort. Et Tu es faible aussi, posĂ© comme un poĂšme dans le monde. Ton Coeur a le rythme de l’Amour quand il se donne justement pour ce monde lĂ , qui ne tient plus compte de rien, qui bat la campagne pour quelques vanitĂ©s et de petites chimĂšres. Je suis lĂ©gĂšre et Tu es lourd, et trĂšs grand aussi. Il n’est pas facile de Te porter ni mĂȘme de Te cacher. Ton sourire ressemble Ă  un arbre qui penche, et Tes mains ont la force des mains de l’ouvrier, du travailleur, de l’occupĂ©. Quand Tu marches, Ton pas reste certain, solide et tranquille. Tu sais oĂč poser le pied, oĂč porter Ton regard, avec des mains qui ressemblent au balancier du coeur. Tes yeux sont trĂšs sombres, et Ton regard est doux. Il est sombre et la LumiĂšre aime Ă  s’y promener. Je ne sais d’oĂč vient cette lumiĂšre, sans doute du coeur du PĂšre qui se promĂšne avec toi et visite la terre. Tu amĂšnes toutes les saisons de la vie, la naissance, la mort et les petites surprises du temps qui toujours passe. Ton vĂȘtement est blanc, d’une blancheur crue et lavĂ©e, usĂ©e par le lavage du soleil et des pluies. Ton corps semble porter la terre entiĂšrement et pourtant il me semble qu’un simple souffle pourrait le faire disparaĂźtre Ă  jamais. Tu es d’ici et pourtant Tu n’en es pas. Tu passes et tous veulent te suivre. Tous veulent que tu les regardes, au moins une fois, pour se sentir vivants. Pour que leurs vies aient l’air de valoir quelque chose, avant de disparaĂźtre. Tous attendent une parole, de celles qui vous trouent un coeur, qui vous suspendent au ciel, pour n’en plus revenir.

Il ouvrira les bras

Nous Ă©tions comme un jardin sans eau, suspendus entre deux mondes. AssĂ©chĂ©s, sans espoir de retour. Nous Ă©tions comme un arbre dans un sol abĂźmĂ©. Nos feuilles avaient jaunies et la plupart Ă©taient mortes, tombĂ©es avant mĂȘme d’avoir portĂ© du fruit. Et c’est dans cette Terre Ă©trange qu’il nous a Ă©tĂ© demandĂ© de vivre.

Et toi, tu ne veux pas rester lĂ , pas plus y vivre qu’y mourir. Et pourtant, ils te demandent de chanter, de sourire et d’y mettre au monde tes enfants. Mais tes enfants non plus ne veulent pas de cette terre lĂ , qui les dĂ©truit et les enterre. Tes enfants sont comme toi, ils veulent le Souffle encore plus fort que le petit oxygĂšne que tu leur proposes. Ils veulent la LumiĂšre qui ne meurt pas mĂȘme lorsque je jour s’éteint.

Tes enfants sont comme toi, ils sont comme moi, les tiens comme les miens. Ils avaient une Ăąme, un jour, et nous en avons perdu le souvenir. Ils avaient un joli cƓur d’enfant, plein des beaux cadeaux qu’ils voulaient nous offrir. Aujourd’hui, leur Ăąme est comme une plaie intĂ©rieure, et comment leur en vouloir puisque nous-mĂȘmes avons vendu la nĂŽtre?

OĂč sont passĂ©s tes dimanches, dis-moi, qu’en ont-ils fait ? Et toi, oĂč as tu rangĂ© tes photos, tous ces petits papiers d’un temps qui n’en n’a plus rien Ă  faire de toi et de tes petites histoires. Tous ces disparus, partis sans laisser d’adresse au milieu des vivants et des morts, et tu ne les ramĂšneras pas. Tu dois les enterrer dans le Jardin en attendant les jours meilleurs d’une Vie Nouvelle. Et leur image ne sera plus jamais comme avant car ce que tu cherches Ă  retenir n’existe pas. Ce n’est qu’un tout petit vent qui te ramĂšne vers une joie semblable Ă  la douleur qu’elle a laissĂ©e. Car la joie de ce monde, toujours entre deux eaux, toujours passagĂšre, oui, elle est comme de l’eau. Une eau qui garde un peu de l’amertume qu’elle dĂ©pose, dans le sillage de ce qui ne revient jamais.

Nous sommes comme un jardin, suspendus entre deux Mondes. Notre feuillage ne fleurit plus et la douleur est lĂ . Tout fait mal et tu ne sais pas pourquoi. Parfois, quelque chose s’allume et tu te souviens que tu n’es pas chez toi. Et tu sais que ton Chant ne peut s’épanouir sur une terre Ă©trangĂšre. Alors, il est temps pour toi d’entamer le chemin du retour. Mais sache que tu devras tout laisser derriĂšre toi. Parce que c’est un chemin oĂč traĂźnent la Solitude et le Doute. C’est un Chemin qui cherche sa lumiĂšre, sa tendresse et sa route. Il y a cependant une Promesse que je peux te faire et qui te nourrira : ta Solitude n’est qu’illusion et le Doute le poison qui l’accompagne. Car Il se souvient de toi Celui qui ne sommeille ni ne dort aux portes des villes et du Coeur des Hommes. Alors, je sais que tu reprendras la harpe dĂ©posĂ©e sur la branche de l’Arbre. Tu te tiendras debout une bonne fois pour toutes. Et tes bras seront grands ouverts sur ce Monde agonisant, comme un Messie sur toutes les vies perdues des Hommes. Et c’est lĂ , je le sais, que tu lĂšveras les yeux vers le Ciel.

Maintenant, commence Ă  chanter.

Tout ce qui est mis en LumiĂšre devient LumiĂšre

J’ai marchĂ© sur Ses mains avant de marcher sur l’eau. J’allais avec le Coeur en avant et pourtant les tĂ©nĂšbres restaient consistantes et sĂ©vĂšres. Depuis l’enfance et la naĂŻve petitesse de l’Attente, je cherchais et je ne trouvais pas. Je cherchais dans le Monde, dans la lumiĂšre et les histoires. Je cherchais dans un autre la force et la soliditĂ©. Et, parfois, il est arrivĂ© que cela soit bon et lumineux. Mais la fragilitĂ© t’explose en face car l’Ignorance est une bombe Ă  retardement. Alors tu reprends ton chemin, et ton petit courage te porte sur la route. Et les jolies tendresses du Monde aussi. Un peu. Et de nouveau des voyages et des montagnes. Des attentes et des douleurs. Et puis vient la petite plaine, parce que la Vie sait ĂȘtre bonne. Tu bois Ă  la fontaine d’un repos qui, pour ĂȘtre bien mĂ©ritĂ©, n’est pas encore certain. Il y a pourtant cette petite Eau Pure, ce calice vivant qui coule Ă  l’intĂ©rieur de toi. Et tu ne sais d’oĂč elle vient ni oĂč elle va, car c’est le propre de l’Eau. Et c’est cette Eau qui te porte encore quand ton Ăąme s’apparente Ă  de la glace, au rude hiver d’une saison infernale. Et tu observes que tout le feu des enfers ne te rĂ©chauffe pas mais entretient ta souffrance. Et cette fausse lumiĂšre t’entraĂźne Ă  croire que c’est lĂ  que tu dois vivre. C’est la puissance d’un mensonge qui n’éclaire que ton Ă©go et te maintient dans l’illusion d’une damnation qui serait Ă©ternelle. Et quand je parle de l’enfer, je parle ici de cet endroit sur la Terre qui te porte. J’évoque le propre enfer qu’est l’oubli de toi-mĂȘme et de ta puissance. Non pas une misĂ©rable puissance Ă©gotique, non pas le plus minuscule et le plus pathĂ©tique de ta personne. Non. J’évoque ta LumiĂšre et le Silence des profondeurs. Car cette LumiĂšre creuse un trou Ă  l’intĂ©rieur de toi, aussi sĂ»rement qu’elle apparaĂźt chaque matin pour la Vie. C’est cette LumiĂšre lĂ  que tu dois retrouver comme si ta vie en dĂ©pendait. Car tant que tu crois que tu n’as besoin de rien c’est que tu as mort. Et c’est pour te rĂ©veiller que la Vie t’ouvrira les bras afin que tout s’en aille de toi. Tes amours, tes biens, tes enfants, tes voyages et toutes tes histoires.

Enfin, tu seras devenu lĂ©ger, l’Eau pourra te porter.

Le sourire du Silence

L’immobilisme gagne du terrain et ne devrait pas interfĂ©rer avec la Vie. Tu ne dois pas te figer sous la peur qui est juste l’oubli de la Paix de ton Être.

Mais enfin qu’est ce que la vraie Vie, dis-moi ? OĂč sont nos magasins, nos boutiques et nos cafĂ©s ? OĂč sont nos emplois et nos bureaux ? Et puis aussi, oĂč sont nos salaires ? OĂč est passĂ© la santĂ© pour nos enfants et le Souffle pour tous ceux qui ont souffert et s’en sont allĂ©s ? Mais enfin, nos dĂ©sespoirs, nos chagrins, et si la Vie ne vaut rien qui a bien l’air par ici de ne plus rien valoir ?

À tout cela je ne peux rĂ©pondre que par le Silence. Non pas un silence qui manquerait simplement du courage de vous rĂ©pondre, mais un Silence intĂ©rieur. Un profond Silence qui pourrait bien s’étendre jusqu’à vous pour vous donner un peu de repos. Une pause, une suspension, ce ÂŽSelah’ des hĂ©breux entre certains Psaumes car mĂȘme dans la priĂšre il faut le temps de l’intĂ©rioritĂ©. Quelqu’un qui vous dit « ArrĂȘte et Écoute ». Dispose ton coeur. C’est le temps de la semence. Le temps nĂ©cessaire avant la moisson. Le temps de l’espĂ©rance et peut ĂȘtre de l’angoisse aussi pour certains. Cette angoisse, fausse pensĂ©e et projection du pire n’est pas la Pause. C’est le mensonge de l’ñme posĂ©e sur son histoire ancienne, avec ses fausses croyances, ses idĂ©es amplifiĂ©es qui colorent ton regard et te coupent du Reel. La Croyance n’est pas la Connaissance.

L’Ame te coupe de l’Esprit, elle t’allonge au lieu de t’elever. Elle discute et sĂšme un brouillard de pensĂ©es difficiles. C’est comme une brume sur ton Coeur, un ciel gris et pesant. LĂšve-toi et va vers la ClartĂ©, la PuretĂ©. Garde les yeux ouverts Ă  l’intĂ©rieur de toi afin de ne pas te laisser embarquer par les mondes de l’Apparence et du Mensonge. Ne t’affale pas dans la rĂ©signation et la tristesse. Vois l’arbre et sa saison, les retrouvailles de son printemps aprĂšs l’hiver. Quand tout se tait, tout est il mort ? Et mĂȘme la mort n’est elle pas une autre forme que prend la Vie quand elle se tait ?

Je n’ai pas la rĂ©ponse aux questions des questions. Ou plus exactement je n’aurai que la mienne. Il vous faudra trouver la vĂŽtre, aller chercher la racine de votre arbre intĂ©rieur afin que vos branches portent du fruit. Il y aura des saisons, et des pierres autour de vos racines, et parfois vous devrez renoncer mĂȘme aux fruits : tous ces fruits allĂ©chants qui sont tous les dĂ©sirs qui vous possĂšdent et vous poussent vers l’extĂ©rieur de vous mĂȘme. C’est un temps pour aller vers vos racines, vos sombres rĂȘves, vos nĂ©gativitĂ©s, pour approfondir l’enracinement qui permettra une Ă©closion naturelle. RĂ©sistez Ă  la tentation du premier fruit et souvenez vous de cette histoire d’un Jardin que nous avons perdu.

La libertĂ© intĂ©rieure demande de la patience et de la profondeur. En ce printemps magnifique qui nous Ă©merveille dans sa floraison, en mĂȘme temps qu’il vous rappelle au vivant, revenez vers la Source et les racines intemporelles de la Conscience. A La PrĂ©sence mĂȘme de l’Amour. L’Amour n’est pas sentimental, il ne colle pas aux doigts et n’attache personne. L’Amour est droit et souple, Il est la Puissance et la ClartĂ©. Il est sans raison extĂ©rieur et sans la nĂ©cessitĂ© d’un autre pour ĂȘtre LĂ . Il est LumiĂšre intense et claire, posĂ©e, vibrante. Il est nuclĂ©aire et souple, il est un enfant rieur, une pure explosion intĂ©rieure.

Cette explosion est un Feu, Il consume tout ce qui ne t’est plus nĂ©cessaire.

Cette clarté est comme une Eau, souple et toujours paisible, stable et tranquille qui ne peut te noyer.

Il est Toi dans le Jardin intĂ©rieur de la Conscience que tu Es. Il n’a ni commencement ni fin.

Sachant cela, tu peux sourire.

N’oubliez pas le printemps

La vraie libertĂ© reste Ă  voir. Ne pas se fier aux apparences reste un Don du Discernement. Bien sĂ»r, les maladies et quelques autres contagions. Cependant, Ă  dĂ©faut d’écouter le pire et de creuser vos plaies, vous passerez Ă  cĂŽtĂ© de l’Essentiel. Bien sĂ»r, ceux qui quittent et ceux qui restent : rien ne vous appartient, rien n’est Ă  vous.

Il faudra bien partir de quelque chose, quelle qu’elle soit. Pour vous aussi, il y aura une porte, un dĂ©part, une fin annoncĂ©e. Ou trĂšs silencieuse. .

Aujourd’hui la Peur, l’Angoisse, frappent Ă  la porte de vos Vies et ni vous, ni moi, ne pouvons rien Ă  ce qui se promĂšne. Peut-ĂȘtre. Cependant il vous reste le plus puissant : le choix que vous allez faire. Votre rĂ©ponse est bien plus importante que l’évĂ©nement. Parce qu’une chose est sĂ»re, le printemps se fiche bien de la maladie, et mĂȘme de la Mort. Le Printemps sait que la Mort n’existe pas, il est bien placĂ© pour ça. Je peux mĂȘme dire qu’il en a fait une spĂ©cialitĂ©. Ce matin tout nous revient du Jaune et du Violet. Le Mauve est Ă  nos portes et les cerisiers sont blancs. Toute la Vie vous fait face. La vraie, profonde et joyeuse. Imputrescible.

Enfin, le Monde entier est logĂ© au mĂȘme endroit : sur la Terre. Ce Monde, tout entier, bat finalement Ă  l’unisson. Du noir au blanc, du chinois Ă  l’Afghan, du Bouddhiste au Musulman, tous Ă©gaux, tous unis sous la contrainte. VoilĂ  qu’un hĂŽte indĂ©sirable, invisible Ă  l’Ɠil nu, a fait plier la Terre entiĂšre. Dieu a de drĂŽles de maniĂšre. Ou peut-ĂȘtre le Diable : vous choisirez votre camp.

Et puis ce Silence, ce merveilleux, cet incroyable Silence de la ville qui enveloppe la Fleur et l’Humain. Tout ce Ă  quoi vous allez devoir faire face, de vous-mĂȘme et de l’autre. Ah ! Quelle histoire ! Aucune fuite ne peut plus vous tordre et vous balader. Les binĂŽmes devront se parler et les familles se supporter. Quelle Ă©preuve, quelle jolie farce du Vivant ! Les solitaires devront aller sur des chemins que, trĂšs souvent, ils choisissent d’ignorer : leur propre enfer personnel. Avec tout ça, la messe n’est plus possible et la kundalini attendra. Quelle merveille ! MĂȘme Netflix ne pourra vous sauver de cette incroyable contagion de la Vie qui vous pousse. Terriblement. Puissamment.

Tous vos Printemps sont Ă  vos portes. Laissez fleurir.

Quand je pense Ă  toutes ces priĂšres, ces sadhanas, ces mĂ©ditations. Toutes ces incantations, toutes ces danses, toutes ces larmes. Tous ces Evangiles, Coran et Bhagavad-Gita. Et voilĂ  que, pour la premiĂšre fois depuis que le Monde est Monde, nous sommes exaucĂ©s : enfin, nous ne faisons plus qu’Un. Prenez de la hauteur : un Ciel se dĂ©ploie qui nous prend par surprise. Quand l’enfer est sur terre, c’est que le Paradis y est aussi : ils vont, insĂ©parables, comme l’obscuritĂ© l’est de la LumiĂšre, le chaud du froid, le blanc du noir. Personne, ici, n’a la main sur le sombre et la dĂ©solation soufflĂ©s par les vents contraires. Porter dans vos CƓurs tous ceux qui, en ce moment mĂȘme, luttent et combattent, sous quelque forme que ce soit, ne doit pas se faire Ă  la lĂ©gĂšre. Oui, ne soyez pas trouvĂ©s lĂ©gers. La superficialitĂ© ne devrait rien avoir Ă  faire dans vos vies : elle vous aveugle, et vous vous racontez des histoires inutiles,difficiles , qui ne sont que de la MĂ©moire entretenue, de la souffrance Ă©motionnelle, sans doute le virus le plus addictif au monde. Et vous voilĂ  malades de vous-mĂȘmes. En rĂ©alitĂ©, confinĂ©s depuis bien longtemps dans votre histoire. Ah ! VoilĂ  bien le moyen, enfin, d’en sortir et de crever l’abcĂšs. Vous n’avez rien d’autre Ă  faire dans les jours Ă  venir. A part, peut-ĂȘtre, prendre soin de vous, et donc de l’Autre aussi. Prenez votre Etre Ă  bras le Corps et faites-Lui confiance : il vous sortira de votre misĂšre et de votre impuissance apprise, tous ces conditionnements avec lesquels vous vous dĂ©truisez.

Tous vos Printemps sont Ă  vos portes. Laissez fleurir.

La Vie n’est pas un roman

Je pense Ă  tous ces grands Êtres qui ont marchĂ© sur la Terre. Tous ces Esprits profonds, joyeux et tendres. De JĂ©sus Ă  Moise, de Bouddha Ă  Krishna. Avec cette Joie d’Être comme le doux noyau du pĂ©pin avant sa germination. Quelque chose de Grand, quelque chose de Beau, vous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© et trĂšs peu d’entre vous osent tendre la main vers le grand Fruit de la RĂ©alisation. Il y a toutes ces circonfĂ©rences, ces grands cercles d’hĂ©sitations et les mauvaises frĂ©quentations. Tous ces regards portĂ©s vers cet Ɠil noir et tordu d’un monde illusoire. Tous ces oublis de Soi et des autres font pencher la Vie du mauvais cĂŽtĂ©. Toutes les falsifications intĂ©rieures, les petits mensonges et les fausses identitĂ©s vous mettent la tĂȘte Ă  l’envers. Et voilĂ  que le parfum de la Rose ne vous suffit plus. Ni la splendeur du grand Arbre. Ni mĂȘme le Sourire du Petit. Il vous faut des « choses », et il vous les faut « grandes » et bien visibles. Dieu n’est plus dans le Caillou, mais le Diable reste dans votre chaussure. C’est le frottement de la Vie qui vous fait mal, vous ralentit et vous fait saigner. Alors vous sortez vos vieilles photos, les photos du temps oĂč vous vous sentiez aimĂ©s. Du moins, un peu plus aimĂ© que maintenant. Alors vous aviez une MĂšre, alors vous aviez un PĂšre, un FrĂšre peut-ĂȘtre, ou peut-ĂȘtre une SƓur. Vous les avez laissĂ© derriĂšre vous pour avancer plus lĂ©gĂšrement. Vient le jour oĂč cette lĂ©gĂšretĂ© vous pĂšse, les souvenirs vous remontent Ă  la gorge et quelques larmes sur vous-mĂȘme vous apportent de la fraĂźcheur, cette petite ondĂ©e de l’apitoiement sur soi. Vous oubliez que c’est vous qui, en secouant la poussiĂšre de vos chaussures, avez marchĂ© sur le Coeur de la MĂšre, le Coeur du PĂšre, et possiblement aussi, sur les CƓurs des FrĂšres et des SƓurs. Votre mĂ©moire est trĂšs courte et vous vous ĂȘtes endormi. Nous attendons tous votre RĂ©veil. Alors vos yeux s’ouvriront et peut-ĂȘtre, je dis bien peut-ĂȘtre, un Souffle nouveau Ă©manera de vous et se souviendra du miel de la Vie. Enfin vous cesserez de vivre soumis, vous reviendrez vers le RĂ©el, cette comprĂ©hension des choses cachĂ©es de l’univers : la Vie est Feu, L’Esprit est LumiĂšre, et tout aspire Ă  votre BeautĂ©.

C’est dans le calme et la confiance que sera ta force

Avant d’atteindre le jour de ta prĂ©sentation au monde, tu devras demeurer dans le dĂ©sert. Et cette idĂ©e mĂȘme peut dĂ©plaire au personnage que tu mets en scĂšne tous les jours de ta vie. Je comprends que cela puisse froisser les ailes minuscules que tu t’aies fabriquĂ©es au fil du temps. Et quand je dis au fil du temps je parle de tous ces jours que tu as fait tiens depuis ta mise au monde. Car tu crois encore que tu es nĂ© quand tu ne fais que survivre, aux dĂ©pens de toi-mĂȘme et des autres aussi. Et dans ta petite et possessive crĂ©ation, tu te crois maĂźtre des lieux. Tu tournes dans ton petit cercle de « pouvoir crĂ©atif Â» avec toutes tes prĂ©tentions de libĂ©ration de toi-mĂȘme et des autres. Et je crois bien que la Vie se moque bien de ta collection de petites images intentionnelles. J’irais mĂȘme jusqu’à dire qu’Elle pourrait en rire si ce n’était pas si dĂ©sespĂ©rant. D’un point de vue humain je veux dire. Car la Vie ne dĂ©sespĂšre jamais de toi, cela se saurait. Elle continue encore et encore de venir Ă  toi avec une patience infinie et trĂšs tendre. Et la tendresse de l’Amour prend parfois des tournures soudaines qui nous paraissent inappropriĂ©es. Tu voudrais la petite comptine de l’enfance, la jolie boĂźte Ă  musique censĂ©e t’offrir tout ton tas de jolis rĂȘves. Et voilĂ  que, parfois, c’est le tsunami de l’épreuve Ă  laquelle tu crois pouvoir rĂ©sister. Et le meilleur de l’histoire, c’est quand tu dis “ne pas vouloir y rĂ©sister”, (je me dois de reconnaĂźtre que tu as bien appris ta leçon). J’observe que tu mets en place toute une stratĂ©gie intĂ©rieure et trĂšs humaine qui ne te mĂšnera nulle part. Pas lĂ , en tout cas, oĂč tu crois vouloir aller. Les stratĂ©gies du Monde ne sont que de fausses lumiĂšres. Ton dĂ©veloppement personnel est le mĂ©diocre chemin de compensation Ă  toutes tes pertes. Bon, ce pourrait ĂȘtre un dĂ©but (et je dis ça simplement parce que je ne veux froisser personne). Mais enfin, ne vois-tu pas que tu es perdu ? Perdu en toi-mĂȘme, perdu avec les autres que tu n’arrives pas Ă  comprendre parce que tu te connais si mal ? Tu poursuis une quĂȘte inutile qui est la quĂȘte du « moi-mĂȘme Â» dans le Monde. Tu rĂ©sistes Ă  l’Amour qui pourrait bien te dissoudre. Laisse-moi corriger, qui trĂšs certainement te dissoudra. Mais cela, tu ne le veux pas. Tu veux poursuivre des rĂȘves chimĂ©riques d’accomplissements personnels, romantiques, sexuels, financiers, artistiques, voyageurs et lointains, et quoi d’autre encore ? Tous ces accomplissements de toi-mĂȘme te laisseront dans ton enfer. Ils sont inutiles et vains. Toute la souffrance du monde est lĂ  pour que tu t’en souviennes. Toute ta souffrance est lĂ  pour que tu ne t’endormes pas complĂštement. VoilĂ  pourquoi tes boĂźtes Ă  musique ne te seront d’aucune utilitĂ©. Elles sont la voix des trompeuses sirĂšnes qui t’entraĂźneront vers le fond. Et toi, tu te laisses glisser avec dĂ©lectation vers le sombre et l’oubli de ta merveilleuse Nature. Tu crois que tout ce qui brille, qui chante ou qui semble nouveau, a de la valeur. Tu es simplement trĂšs paresseux, tu laisses tomber Ă  terre tout ce qui pourrait te sauver de ton « toi-mĂȘme Â». Et peut-ĂȘtre mĂȘme, ici et maintenant, ce que j’essaie de te dire, cela aussi tu le laisseras passer. Et tu dis encore « je sais Â» quand je te dis cela, parce que tu n’as pas encore renoncĂ© Ă  ce qui, en toi, croit savoir : ton Ego spirituel est dangereux pour nous tous.

Ce « savoir Â» me montre simplement que tu es encore plein de toi-mĂȘme et que tu n’as pas capitulĂ© devant la Vie. Ou l’Amour. Ou Dieu. Tu feras ton marchĂ© avec les mots qui te conviennent (lĂ  encore, je ne voudrais reveiller personne). Comme tu as toujours fait, devant ce que tu ne comprends pas, ce que tu n’as toujours pas vu, et toujours pas entendu. Perdu tu es, perdu tu resteras jusqu’à ce que l’air devienne irrespirable ou manquant, jusqu’à ce que tu cesses de vouloir avoir raison pour justifier le mal chez l’autre, l’injustice chez toi, ĂŽ pauvre petite personne que tu es, ballottĂ©e par des flots incertains et de soudaines tempĂȘtes personnelles. Et tu n’accomplis rien de ton Essence venue ici pour mettre fin Ă  la misĂšre intĂ©rieure de chacun. Tu te vis tantĂŽt au sommet de la montagne et tu attends un brillant futur, un amour Ă©ternel, un fabuleux voyage. Puis tu te regardes sombrer dans les abysses. Avant de rebondir encore grĂące Ă  de pitoyables et fragiles montgolfiĂšres.

Bien sĂ»r, les problĂšmes du monde, les injustices et les violences, mais tant que tu te croiras dans le camp des « bons Â» rien de ce que tu nous apportes ne viendra nous aider. Si seulement tu pouvais te taire, ton silence pourrait laisser passer la LumiĂšre. Tu pourrais enfin ouvrir ton Coeur et tout laisser tomber. Capituler. Abandonner, enfin, ta petite et dĂ©licate « volontĂ© personnelle Â«  de vouloir changer, t’amĂ©liorer. Il ne s’agit pas de t’amĂ©liorer : l’enfer, dois-je te le rappeler, est pavĂ© de toutes tes bonnes intentions. Pourquoi vouloir arranger le mĂ©diocre et la petitesse ? Pourquoi vouloir garder l’illusion de pouvoir aimer vraiment ? D’oĂč te vient cette idĂ©e bizarre que cela mĂȘme est possible ? Les pĂąles qualitĂ©s de ta petite personne que tu tentes Ă  « vouloir dĂ©velopper Â» finiront bien par ressortir un jour sous ce vernis de piĂštre consistance que tu nommes « amĂ©lioration Â».

Il suffit d’attendre.

Va dans ton dĂ©sert et fais face, enfin, Ă  ta souffrance, tes limitations et tes repĂšres trompeurs. Tu verras, peut-ĂȘtre, que tout cela n’a pas d’autres origines que ta misĂ©rable condition sur cette terre. Tant que tu ne demandes pas GrĂące, tu ne pourras pas en sortir. Chercher Ă  l’extĂ©rieur de ton Coeur est le chemin de toutes tes dĂ©sillusions. Il est Ă  l’opposĂ© mĂȘme des retrouvailles que tu cherches.

Reviens Ă  toi, apprends Ă  pousser de l’intĂ©rieur plutĂŽt que de repousser tout ce qui te dĂ©range et que tu crois en-dehors de toi. (Note que j’apprĂ©cie ton sens de l’humour, mais celui-lĂ  risque fort de t’ĂȘtre prĂ©judiciable).

Tes propres forces, aussi louables soient-elles, sont vouées à la mort. Il est temps.

Cesse d’alimenter ton mental Ă  vouloir chercher des causes Ă  tout ce qui t’arrive, des raisons Ă  tout ce qui te pĂšse et deviens un Être courageux. Prends le chemin du retour. Car la souffrance n’est ni Ă  vouloir, ni Ă  accepter : elle est Ă  vivre. Laisse-la te traverser, fais « corps Â» avec elle et plus rien ne fera obstacle Ă  cet Amour que tu cherches puisque l’Amour, c’est Toi. Laisse circuler le Divin, le Plus Grand, le Plus Puissant. Alors tu pourras nous atteindre aussi. Laisse ta « personne Â» qui n’est personne, ton minuscule et pourtant trĂšs suffisant « moi Â» se retirer. Toutes tes dĂ©fenses que tu justifies et qui nous dĂ©truisent : reconnaĂźt-les. DĂ©finitivement. Renonce. Alors, tout en toi circule et revient Ă  la Vie. Alors plus rien n’est Ă  rĂ©parer puisque tout est nouveau et que tout en toi renaĂźt.

Tu redeviens pour nous Dieu sur la terre. Et je redeviens pour toi Dieu sur la terre. Nous sommes tous ces Dieux intĂ©rieurs, reliĂ©s entre nous par la GrĂące du Dieu CrĂ©ateur des mondes. Cette Source qui nous porte avec son Souffle, celui-lĂ  mĂȘme qui te permets Ă  l’instant de respirer sans que tu y prĂȘtes attention.

Reviens Te retrouver. Retrouve le calme et la confiance. De lĂ  naĂźtra ta Force, ta Paix. Toute la ClartĂ© dont le Monde a besoin pour s’éveiller.

Sur ma route, chaque jour, une bougie s’ajoute

A toi la rose et tout ce qu’elle contient. Tu doutes et c’est comme abĂźmer la fleur de ta propre main. A toi, les jardins, les lendemains ne sont plus incertains. Bien sĂ»r, la colĂšre et le coup et peut-ĂȘtre aussi un peu l’amer. Bien sĂ»r, la guerre sur ton propre rivage, la mer de ton coeur devenue sĂšche. Toutes ces vagues qui se prennent pour l’ocĂ©an, il faut t’en amuser. Laisse faire et entre dans ton repos. Laisse faire, portĂ©, enfin, par ces flots qui remuent et racontent des histoires. La tienne, la mienne. Ne vois-tu pas que ces histoires sont comme de petits enfants Ă  prendre par la main ? Ne vois-tu pas que ces histoires sont minuscules au regard du souffle qui t’anime et d’ailleurs, y peux-tu quelque chose ? Tous ces petits contes intĂ©rieurs de l’enfance malheureuse, voilĂ  le mal susceptible de t’emporter. Et sur ces manques d’amour, tous posĂ©s sur l’ignorance de tes proches, tu construis des chĂąteaux, des donjons, et des douves pour la vengeance. Dans les cachots, tu enfermes l’ignorance, les cƓurs mangĂ©s par leur propre peine. Crois-tu vraiment que l’intention de l’ennemi est consciente d’elle-mĂȘme ? Ne vois-tu pas l’ombre de l’amour projetĂ©e sur la main qui te pousse ? Juste un oubli de soi et voilĂ  la guerre qui commence. Mais enfin, avoir raison de l’autre, avoir raison tout court, pourquoi perds-tu ta Vie lĂ -dedans ? N’en as-tu pas assez de te voiler la face sous l’argument que tu avances ? Et maintenant que tu as gagnĂ©, comment te sens-tu derriĂšre ta petite victoire ? As tu apportĂ© quelque chose dans ce monde difficile et presque entiĂšrement consumĂ© ? RĂ©flĂ©chis. Le mal pourrait-il, finalement, sortir d’un aveuglement Ă  ta propre douleur ? Ces couches de peines dans ta gorge et tes poumons, ces noyaux et ces graines de chagrins dans tes intestins, tes petits trous intĂ©rieurs, tu pourrais choisir d’y mettre autre chose que des armes. Le guerrier ne doit pas ĂȘtre un soldat. Le soldat, c’est fait pour l’assujettissement. Le guerrier est lĂ  pour la mĂ©moire de la VĂ©ritĂ©. Son Ă©pĂ©e est tranchante pour le dĂ©voilement de l’Amour. Car qu’est-ce que la VĂ©ritĂ© si ce n’est le rappel Ă  toi-mĂȘme ? Ce que tu n’as pas oubliĂ© de ton Seigneur intĂ©rieur : le ciel bleu, les tendresses sans nuages. Souviens-toi, souviens-toi, avant d’abĂźmer la fleur et d’en accuser l’autre, ton proche comme celui que tu appelles « lointain Â», que rien n’est assez Ă©loignĂ© qui ne peut te revenir. Tu appelleras cela ton destin ou ta fatalitĂ©, mais vois que parfois c’est toi qui a semĂ©. Y-aurait-il un autre mal que celui de ta propre ignorance ? Y aurait-il une autre dĂ©vastation sur la terre que celle de leurs inconsciences, incroyablement justifiĂ©es et portĂ©es par la volontĂ© de gagner le monde ? Et gagner quoi, et sur qui ? Comment celui qui creuse un trou ne voit-il pas que c’est lĂ  sa propre tombe ? Comment ne comprend-t-il pas que la pierre revient sur celui qui la roule ? Pourquoi ne pas laisser tous ces combats se faire sans toi ? Tu me diras, je sais, que les fusils sont nĂ©cessaires Ă  la lutte. Et je te rĂ©ponds que mĂȘme si la forme pourrait parfois te donner raison, quelle en est la finalitĂ© ? N’oublie pas que c’est toujours ta guerre intĂ©rieure Ă  revendiquer ta propre justice, ici, qui assassine les enfants et fait pleurer les hommes, lĂ -bas. Maintenant que tu sais que tu n’es jamais sĂ©parĂ© du monde, que rĂ©ponds-tu pour toi-mĂȘme ? Irais-tu vers la consciente LumiĂšre ou choisiras-tu l’ignorante ObscuritĂ© ?

Comprends que sur ta route, chaque jour, une bougie s’ajoute, qui pourrait bien ĂȘtre toi.

Pourquoi j’aime les pñquerettes

C’est dans l’air, paraĂźt-il, ce goĂ»t des autres et de leurs petites histoires. Pas toujours trĂšs claires, les petites histoires. Venues de loin, souvent, c’est-Ă -dire de ce qui se fait passer pour du lointain. Parce qu’en fait rien ne vient jamais de loin mais plutĂŽt du tout proche.

[MĂȘme si, trĂšs personnellement, j’aime aller loin et j’adore les avions. Et tout ce qui sert au mouvement. Mais surtout les avions. J’adore les traces qu’ils laissent quand je regarde en haut parce que je me dis que moi aussi je laisse ma trace en bas. Qui, Ă  vrai dire, ne tient peut ĂȘtre pas plus longtemps que leur blanche et grise fumĂ©e. Tant pis. Ceux qui ont des yeux pour voir sauront de quoi je parle. Et ceux qui ont des oreilles pour entendre pousseront la chansonnette avec moi].

Je reviens Ă  mon sujet. La pĂąquerette. Et pourquoi je les aime. D’abord, parce qu’elles sont plus rares qu’on ne le pense. Ensuite, parce que si tu les cueilles, elles meurent trĂšs vite. C’est une histoire d’appartenance. Tout ce que je veux saisir et garder pour moi est vouĂ© Ă  mourir. L’amour, la joie, la tendresse et le rire. Tous ces petits pĂ©tales, ces fragiles pĂ©tillances sont pour le monde entier. Aussi je dois ĂȘtre attentive Ă  ce que je fais. MĂȘme la maniĂšre dont je respire Ă  son importance. La pĂąquerette est sensible Ă  la maniĂšre dont tu respires, crois-le ou non. [Bien que je me permette de penser que ce serait bien que tu le crois]. Tu me diras sans doute que les roses et les chardons y sont sensibles aussi et tu auras raison. Sans compter tous les arbres, les torrents, les vallĂ©es et mĂȘme la lune, en fait. Mais je sens que nous allons nous Ă©garer et nous occuper de choses bien trop grandes pour nous. En tout cas pour moi. Je reviens avec une tendresse que j’espĂšre visible vers la pĂąquerette.

La pĂąquerette « plante vivace de la famille des AsteracĂ©es » [si, tu pourras vĂ©rifier], elle me rappelle toi, elle me rappelle moi. Tu ne le sais pas, je m’en doute. C’est pour cela que je suis lĂ . C’est une trĂšs grande et trĂšs majeure dĂ©couverte qui ne sera hĂ©las pas Ă©voquĂ©e sur les mĂ©dias aujourd’hui, sans cesse occupĂ©s de choses extrĂȘmement importantes, des plus apparemment graves et tristes.

La pĂąquerette est rustique – si.. un peu… quand mĂȘme …- bien qu’elle se fasse appeler « petite marguerite » ou « fleur de PĂąques », par humilitĂ©. Une petite caractĂ©ristique qui pourrait sauver l’amour. Parfois. Et quand je parle d’humilitĂ© il n’est pas question de t’enfoncer dans la boue. Non. J’invoque une toute petite invocation de l’Etre Ă  se souvenir d’oĂč l’on vient.

A se rappeler que tu n’es pas le pĂ©tale mais le pistil, pas le soleil mais sa lumiĂšre. Et sa chaleur aussi quand tu prends quelqu’un dans tes bras. La pĂąquerette est fidĂšle Ă  ce qu’elle paraĂźt ĂȘtre. Pas de faux semblant. Elle ne se fait pas passer pour quelqu’un d’autre, ce qui est trĂšs reposant par les temps un peu orageux que nous traversons. Elle n’a pas l’élĂ©gance de la pivoine et son extatique floraison. Elle n’a pas la puissance du chĂȘne et le snobisme de la rose. [Le Petit Prince en a fait l’expĂ©rience et moi j’aime ceux qui expĂ©rimentent la vie plutĂŽt que d’en parler]. La pĂąquerette est comme un enfant qui joue. Moins susceptible que le coquelicot qui se laisse Ă  peine approcher, moins Ă©phĂ©mĂšre que la jolie violette, elle n’émet pas plus d’odeur que de son. Mais la pĂąquerette sort toujours en famille et c’est peut-ĂȘtre ce qui fait sa force. [Pour ceux qui considĂšrent que la famille est une force dans la vie, et moi je dis que c’est un point qui reste toujours Ă  dĂ©battre …]

J’aime la pĂąquerette qui pousse aussi aux pieds des hautes tours, dans les citĂ©s autant que dans les squares et les prairies.

J’aime la pĂąquerette, parfois minuscule et pourtant trĂšs aguerrie. Les inconscients l’écrasent sans mĂȘme l’avoir vue et personne ne l’entend se plaindre. Pourtant, c’est trĂšs lourd l’inconscient planĂ©taire, la maladie de l’ignorance et de l’[Ă©go]centrisme. C’est trĂšs pesant si tu aimes les fleurs.

Et c’est douloureux quand tu bouges.

Toutes ces peurs, ces aveuglements, ces cƓurs durs, font d’incroyables petits tambours, d’invraisemblables percussions qui font mourir la pñquerette et le cƓur de l’Homme.

Sois vigilant.