Comment te sens tu ce matin à l’aube d’un nouveau commencement ? Une belle et parfaite éternité, toujours renouvelée, changeante, limpide et parfaite. Rien qui bouge, tout qui frémit. Sens comme cet air que tu respires est ta perfection tout autant que ta manne. Écoute, ça n’est pas toi qui respire. « Cela » respire à travers toi et tu n’y peux rien. C’est le Souffle qui s’occupe à te maintenir dans l’ordre du vivant. Tu en as peut-être fait une habitude, une normalité comme tu crois normal le printemps qui s’amène et l’amour de l’autre. Mais vois-tu rien n’est normal, tout est magie, don et puissance.

Comment te sens-tu quand la saison change, que l’été s’en va en te laissant tout seul ? Quelles pensées t’animent quand le fruit est acide et le manque insoutenable ? Y-a-t-il un bonheur encore possible dans le puit de la trahison, les crevasses du cœur, l’ère glaciaire et les douleurs polaires ?

A l’automne de ta vie, quand plus rien n’est pareil et que les enfants s’en vont, quand le corps s’amenuise, rien qu’un peu mais un peu tout de même, quand celui-là meurt qui avait juré d’être éternel, quand passent les soleils jour après jour sans te voir, que reste-t-il ?

Es-tu prêt à mourir ?

Quand je parle de mourir, je ne parle pas de cette minute inéluctable qui pointera en ton temps le bout de son aile. Je parle de la petite mort de ce qui, en toi, se prend pour l’auteur des saisons. La toute, toute petite personne, le minuscule personnage, sa tenue de camouflage et son imposante vanité, sa parure et ses paillettes. Voilà que ça brille dans le noir et que tu te prends pour une étoile. Hélas, ta clarté est bien faible et n’éclaire que ton propre aveuglement. Descends,s’il-te-plaît, de ta petite colline et reviens. Reviens vers ton ciel intérieur et ta terre ancestrale. Reviens vers ta nature première, à l’aube de la Création, quand tu étais l’Innocence et la Joie, oui, reviens vers toi. Entre et creuse plus profond, sous les couches de l’orgueil et la tentation du drame. Plonge, défais tes coutures, déchire tes croyances et tes drames. Rien n’est à toi, c’est juste une histoire que tu te racontes pour t’endormir. Pour oublier que tu es le grand vent et l’océan, la brise tout autant que la vague. Tu t’es perdu en chemin mais la Vie a, pour toi, semé ses petits cailloux. Sur la route, ils t’attendent et brillent dans le noir. Aux branches sont accrochés des lampions et des messages en papier, si doux, si doux, tendres à pleurer. Laisse aller, laisse aller, laisse tomber. Laisse tomber, oui, maintenant. N’attends pas une seule seconde et ne t’appuie sur rien d’autre que sur le mouvement de la Vie.

C’est comme une petite fleur à l’intérieur de toi venue d’une possible graine oubliée. Alors, quelque chose émerge et tu ne saurais dire, tu ne peux en parler. C’est un silence, et pourtant c’est aussi un son. C’est une flamme et pourtant c’est une incroyable fraîcheur. C’est comme une aube, ronde et laiteuse, et c’est aussi un noir immense et infini, une petite obscurité bienveillante. C’est le jaillissement de la Source, une incroyable et très pure rosée. C’est la Paix dans les décombres et la Force au milieu des colombes. C’est indicible et pourtant Ça veut se dire. Ça vient vers toi et se dépose tout au bord de ton Coeur en t’attendant.

Car Ça t’attend à chaque seconde, avec une patience, une bonté, un sourire immenses. Ça t’attend quand tu te lèves et quand tu te couches. Ça t’attend au milieu de toutes tes saisons, de toutes tes fêtes et de toutes tes fournaises. Ça t’attend dans tous tes cirques, tes histoires et tes petites parades. Ça t’attend dans les rues des cités, dans les heureuses parures des jardins et les cabanes abandonnées. Ça reste là, posé, tranquille, Ça a l’éternité pour se vivre et c’est tellement Présent que c’est maintenant. C’est maintenant et c’est aussi pour Toujours, c’est en fait à jamais et il n’y a rien de plus à en dire.

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